D'Anieux, I
dans les villes. Là, ils n'ont de communication avec personne qu'à portée de la voix, ils tuent sans miséricorde tous les chiens et chats qui veulent entrer dans leur enceinte. »
Les vaisseaux francs prennent aussi quelques précautions. Mais la peste finit toujours par pénétrer à bord, et quelquefois au moment le plus imprévu. On quitte Marseille en pleine santé, comme notre corsaire odysséen quitte la Crète. La traversée s'annonce belle. L'état sanitaire est excellent. Mais le vaisseau avait rapporté de ses précédents voyages quelques germes d'infection : « A peine étions-nous en pleine mer que la peste, dont le vaisseau étoit infecté, commence à se manifester. Le contre-maître, vieil homme fort expérimenté en ces sortes de maladies, nous annonce cette belle nouvelle.... Nous jetons vingt-deux hommes à la mer dans l'espace de quinze jours*. » Sous les murs de Troie, les Achéens connurent de pareilles hécatombes : la peste, envoyée par Apollon, « atteignit d'abord les mulets et les chiens rapides, puis les hommes eux-mêmes et, sans arrêt, les bûchers consumaient les morts' ».
Notre corsaire crétois n'a rien eu de pareil. En ses quatre jours de traversée, les vaisseaux n'ont pas eu, non plus, d'avarie. V Odyssée compte quatre ou cinq jours de marche entre la Crète et le Delta. Il ne faut pas oublier que, dans ce récit, nous retrouvons le double système de numération par cinq et par sept que nous avons signalé déjà en d'autres épisodes odysséens. Avant de s'embarquer, les Crétois font une semaine de festins et partent le septième jour :
Plus tard notre héros va rester sept ans en Egypte. Ici, il compte à la grecque quatre ou cinq jours de traversée, comme il restera neuf jours en mer après son naufrage, avant d'arriver le dixième jour à la terre des Thesprotes. Pourtant, quatre ou cinq jours, c'est à peu près l'intervalle ordinaire que nos voyageurs francs comptent aussi entre les dernières îles grecques, Rhodes ou Candie, et les bouches du Nil. Thévenot a mis quatre jours pour passer de l'Archipel en Egypte. Il est parti de Rhodes :
Le lundi, le vent se fit maestral ou nord-ouest, mais par ce que le temps esloit encore bien chargé, notre capitaine ne voulut pas partir ce jour-là. Le mardi, le temps s'estant un peu esclaircy et le maestral continuant, nous sortisnies de Rhodes apros midi, ne faisant voile que du trinquet pour ne pas quitter l'isle devant la nuit, de peur des corsaires. Au soleil couchant, nous fismes voiles de la maestre. Nous entrasnies au golfe de Satalie, où nous eusmes un peu de mer, durant deux ou trois heures, parce que le courant dudil golfe se rencontre là avec ceux du golfe de Venise et autres lieux du Ponant*....