‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 281 sur 343 · Cf. Ollivier, Voy. dans V Empire Olhoman, YI, p · texte numérisé non relu

Cf. Ollivier, Voy. dans V Empire Olhoman, YI, p

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LES rMlÉMCIENS ET I/ODYSSÉE.

et temporaire, aux bateaux qui ne peuvent pas atteindre le vrai refuge d'Ithaque sur cette cote de Forient, Port Yathy. C/est ici que Gell, venu de Patras, fui obligé de débarquer. Port Ligia est à la cote sud-orientale de Tile.Nous le découvrons quand, la cote méridionale longée et la pointe Iganni ou Hagios loannis contournée, nous reprenons la route vers le Nord. Port Ligia offre aux caboteurs quelques plages assez spacieuses, entre les roches avançantes que le travail des vagues avive au pied des collines. Les broussailles odorantes, cystes, arbousiers et thyms, vêtent toujours les pentes. Mais, au fond de Port Ligia, le couloir rocheux d'un torrent tombe en cascades. Une haute falaise de roches abruptes supporte dans le ciel un plateau de grands arbres. C'est dans le couloir

FiG. 108. — La côte Est d'Ilhaqiie.

de ce torrent, à mi-pente, que sourd la fontaine Parapigadi, dont nos marins ont transporté le nom à Tilot Ligia.

Avec raison, je crois, Gell et les homérisants a orthodoxes » reconnaissent en cette falaise la Pierre du Corbeau, et en cette fontaine la source Aréthuse. Sur le pourtour de File, on chercherait vainement une autre Pierre Coupée. Tout le long du canal, nous avons suivi les talus plus ou moins raides, mais jamais abrupts, qui forment la rive insulaire. Au Sud, nous avons retrouvé la même vue de cotes rocailleuses, pierreuses, mais sans falaises taillées à pic. A l'Est, on voit encore les mômes pointes avançantes, où d'étages en étages, par une pente ininterrompue, les hautes montagnes de l'intérieur descendent vers la mer. Jamais des roches sourcilleuses ne surplombent le flot. Les calcaires déchiquetés et blanchis par la vague cerclent toute l'ile au ras ou à quelques mètres au-dessus du rivage. Mais nulle part la cote n'offre à la vue des navigateurs une muraille de pierre, — sauf en ce fond de Port Ligia. En continuant le périple d'Ithaque vers le Nord, on poursuivrait les mêmes constatations. Nulle part le marin n'aperçoit de falaise verticale, de roche abrupte, de Pierre Coupée. Autour des golfes, surgissent des collines en dômes presque réguliers, de longues

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pointes ou des talus très raides, semés de broussailles et de cailloux roulants. Entre ces pointes, ces dômes et ces talus, quelques criques s'enfoncent vers des plages sablonneuses : de petits vallons verdoyants pénètrent vers Tintérieur; les olivettes montent en terrasses et en pentes douces jusqu'au sommet des collines. Les descriptions des Instructions nautiques concordent avec les photographies: « Côtes rocheuses, aiguës, élevées, irrégulières, accores sur des eaux profondes,... collines rondes remarquables,... collines basses, collines circulaires » sont les mots qui alternent dans les Instructions pour décrire les rivages dlthaque. La première vue que nos marins, venus du Nord-Ouest, aper-

FiG. 110. — La côte Nord-Est dllhaque.

çoivent à la pointe Oxoï, au Nord de Pile, se poursuivra sur tout le pourtour : « La pointe Oxoï, à trois milles dans le Nord de Port Polis, forme l'entrée Nord du chenal d'Ithaque. Elle est haute et escarpée. Lorsqu'on se trouve dans l'Ouest, on l'aperçoit avant la terre du cap Vlioti de Céphalonie, qui est beaucoup moins élevée, sous l'aspect d'un gros morne rond. » Les navigateurs venus du Sud aperçoivent, inversement, la côte de Képhalonie avant la rive d'Ithaque, « qui est beaucoup moins élevée » ; mais leur vue de côtes est toute semblable. Même aux endroits où les Instructions nous parlent de rive escarpée, ce n'est encore que mornes ronds, dômes ou talus inclinés. La seule roche de Ligia est vraiment une Pierre verticale, une façade de roche semblable à la Pierre Blanche qui termine Tile de Leucade plus au Nord. Les navigateurs de toutes les époques durent noter cette Pierre. En bas, l'ilot de Ligia offrait, aux barques primitives surtout, un très utile abri, et la source de Para-

pigadi une ai^çuadc inappréciable en ces parages mal pourvus de fontaines. Outre Taiguade, auprès de cette source constante, les navigateurs étaient assurés de trouver toujours des Ijergers, des provisions et de la viande* : ils devaient monter ici, comme Ulysse monte chez le Kyklope. Gell, débarqué à cette grève, gagna par ce ravin la fontaine Aréthuse. On peut reconnaître la fontaine, depuis la mer, a la verdure plus haute et plus intense des arbustes qui rcnvironnent.

Entre Port Ligia et Port Vathy, la côte d'Ithaque est encore pierreuse; mais elle pourrait être cultivée, plantée de vignes et d'oliviers, si les insulaires,

FiG. 111. — L'île Ligia ou Parapipadi.

adonnés h la navigation, ne Tabandonnaient pas aux troupeaux de chèvres. Partout où rhomme a bien voulu la défricher, elle porte aujourd'hui de fertiles olivettes. Ce travail de défrichement ne s'éloigne guère des faubourgs de Port Vathy. A travers un isthme étroit, les olivettes atteignent pourtant la mer du large au fond de la petite anse de Karelata, qui pourrait être une succui'sale en mer libre de Port Vathy. Partout ailleurs, les collines rondes, les anses découpées et les pointes aiguës ne sont embroussaillées que de maquis très bas, où la chèvre seule trouve aujourd'hui sa subsistance. Avant le déboisement, qui transforma toutes les terres grecques, on imagine sans peine la foret primitive, couvrant ce rivage et nourrissant les pourceaux d'Eumée.

1. Grasset Saint-Sauveur, Voyage dans let Islea Vénitiennes, UI, p. 2 : Divers êcueils avoisinent Tile de Ttiéaki. Us sont cultivés. Mais leur principale utilité est pour les bestiaux, qu'on y met au pâturage. Dans les chaleurs de l'été, on est obligé de les retirer, n'ayant aucune source d'eau. Celle qui s'y trouve dans les autres saisons est le produit des pluies, dont l'eau est réunie dans des creux, les uns naturels, les autres faits exprès par les insulaires.

PÉRIPLES ET KÉALITÉS.

Le golfe de Molo ouvre enfin devant nous son grand cercle de hautes terres, qui partout présentent à la vague les mêmes dents de rocs avivés. Les seuls rivages du Sud peuvent offrir quelques refuges, soit dans leur baie ouverte de Skino, soit dans leur cirque fermé du Port Profond, Port Vathy.

Entre la pointe Skino et la pointe Nera (lig. 99), la baie Skino s'ouvre dans les rochers. Elle n'offre que des rivages rocailleux. Les deux anses Skino et Neios, qui la terminent au fond, ont seulement une courte grève qui permet aux embarcations le déchargement ou le chargement des caïques mouillées dans la baie. Les voiliers viennent ici quand le gros temps les empêche d'enfiler le goulet de Port Vathy ou quand ils ont à bord quelques passagers désireux d'abréger la traversée. Du fond de la baie, une route conduit rapidement à Port Vathy. Gell, rentrant de visiter le Nord de File et ne pouvant à cause des mauvaises voiles de son bateau lutter contre les rafales du Nériton, vint débarquer ici et gagna la ville à pied*. Skino n'est pas un mouillage, mais à peine un ancrage temporaire.

Quant à Port Vathy, ce Port Profond correspond trait pour trait aux descriptions que nous en donnaient plus haut les Inslnictions nautiques. Mais visiblement il n'est aussi que le port odysséen de Phorkys.

A droite, en entrant, se creuse le petit avant-port de Dexia, — aÙTTjV e-y^wv osçiàv xaTayoi», dirait le périple'. Le petit îlot de Katzurbo le protège un peu de la houle. Mais il reste ouvert à toutes les brises du large et aux rafales de la terre. Entre les deux longues presqu'îles avançantes, nous pénétrons dans le goulet rocheux. Des moulins à vent et des oliviei-s jalonnent la passe à droite et à gauche. Au milieu du port, le petit îlot du Lazaret peut servir de marque et de borne au mouillage assuré, ot' av opjjiou jjLSTpov îxwvTai. Au delà de cet îlot, le fond de la baie est ceinturé des quais de la ville neuve, dont les maisons, d'année en année, referment leur anneau plus complet tout autour du Port. Les voiliers viennent aujourd'hui accoster au bord de ces quais : sur Feau

FiG. 1P2. — Port Valliv et le Lazaret*.

I. Gell, Hhaka, p. 118 : The sails and ropes of llio boats boinjj entîrely inade of collon, we mot with soine diriiciilty aftiM* enlerinj; Port Molo, becausc ours were incapable of resisting tlie violence of tlie wind, which blows in fri«rlitful squalls froni tlie sides of Neritos. Being llierefore unabic with onr tattered sails to reach the port of Batliy, we landed in that called Schœnus and walked to the city.

"l. ï^s fig. 112-119 sont des pliolo«n*aphies de Mme V. Bérard.

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