Geog. Grâce. Min., I, p
calme, sans une houle, sans une ride, ils restent immobiles. Au dehors, soufflait un vent de Nord-Ouest, un Zéphyre assez frais'. Dans le golfe de Molo, la vague soulevée mordait partout les rocs de son écume. Dans le goulet encoi-e, la houle entrait clapotante et venait briser aux quais du lazaret. Mais dans le fond de Port Vathy, tout est calme et silencieux. On ne peut deviner ici le grand vent qui souffle au large que par les ailes des moulins fleuronnant les collines de leurs voiles tournantes. Une fois mouillés au fond de ce cirque bien clos, c'est à grand'peine que nous pourrons reconnaître la place exacte du goulet que nous venons de franchir, tant la muraille de collines uniformes entoure ce mouillage d'une enceinte continue.
Port Vathy, capitale actuelle d'Ithaque, est une ville neuve, qui achève seulement de s'établir. Il y a un j siècle à peine, ce n'était en-
core que l'échelle presque déserte du haut bourg de Pérachorio. Perché aux pentes du Nérilon-Merovigli, Pérachorio avait été fondé par les nouveaux colons que Venise amena dans l'ile déshabitée, au début du xvi*^ siècle. Car sur la route maritime de tous les croisés, pirates el corsaires, sous la main de tous les brigands, janissaires et stradiots de la terre ferme, Ithaque avait été complètement désertée durant le moyen âge. En 1504, la République décida que les terres en seraient distribuées aux colons qui s'y voudraient fixer*. Des insulaires de Leucade et des terriens d'Acarnanie vinrent s'y établir. Pour la commodité et la sécurité de la vie quotidienne, ces paysans construisirent leurs villages à portée des champs cultivables, mais loin de la mer, hors de portée des incursions, razzias et débarquements soudains, auprès des « Guettes de Jour », des Merovigliay d'où leurs sentinelles surveillaient les navires suspects''. Propriétaires de la vallée fertile qui fait le fond de Port Vathy, les gens de Pérachorio avaient accroché leur village sous les roches faitières du Nériton, tout
1. Grasset Saint-Sauveur, Voyage dans les Islesy etc., HI, p. 5: L'ile de Tiiiaqui offre un eicellent mouillage; c'est ce qu'on appelle la rade de Tliiaqui. En entrant avec les vents de N.-O., la côte occasionne des rafales si fortes que l'on ne peut tenir les huniers. L'embouchure du port de Tliiaqui est fort étroite et on ne saurait donner trop d'attention à la bien relever. On est, dans ce port, à couvert de tous vents et on y jouit un tel calme que l'on peut y caréner en loute sûreté. Ce port est environné de tous côtés de montagnes. Sur leur pente est bàli le village le plus considérable, dont les dernières habitations sont placées sur le rivage. A peu de distance, on trouve une source d'eau qui sert à l'approvisionnement des vaisseau.\.