‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 290 sur 343 · Odyas., XIV · texte numérisé non relu

Odyas., XIV

point à l'Ithaque odysséenne, — j'ai connu cette vie et celte hospitalité des gardiens de pourceaux, leurs festins de porc rôti, leurs grillades saupoudrées de farine et servies à même la brochette,

et les nuits dans les huttes, sur le banc de pierre et le matelas de broussailles

FiG. 125. — Les abris sous la Roclie.

qu'une couverture de laine, une toison fraîche ou un cuir de bœuf rendaient plus moelleux :

ysiîsv Gtîo ^Xcopà; pWTra; xal xwa^ •jirepOsv *.

Tous les détails de la description odysséenne correspondent à des réalités encore présentes.

Sous l'abri de la roche, nous avons dû nous-mêmes séjourner quelque temps, pour laisser crever une ondée qui montait de la mer. Puis contournant le Corbeau par une raide pente de buissons et d'arbustes, au long d'un sentier en échelle que descendent les femmes de Marathia pour remplir leurs tonnelets à la source Aréthuse, nous avons atteint le rebord de la falaise et le plateau de Marathia.

i. 0dy88., XVI, 47.

Sur la falaise du Corbeau, Maralhia est une grande table calcaire de roches bleuies et de terres rougeàlres, où de vieilles olivettes alternent avec des enclos de vignes et de céréiiles. Les blés, les ceps et les grands arbres poussent ici avec vigueur. La forôt odysséenne couvrait cette table. Les troupes de pourceaux y pouvaient vaguer et chercher leur nourriture en demi-liberté. Cette table est aujourd'hui cultivée, mais non pas habitée. Pendant les semailles ou pendant les récoltes, les gens de Port Vathy et de Pérachorio y viennent camper sous des huttes de branchages, auprès de quelques maigres puits. Un village trouverait ici sa subsistance : Aréthuse lui fournirait son eau. Quelque jour, les campements

FiG. 126. — Les olivettes de Maralhia.

temporaires se fixeront à demeure. Tout près d'Aréthuse, un hameau prendra l'ancienne place des étables d'Eumée. Mais ce plateau n'est habitable que si la mer est pacifiée. Aux temps des corsaires et pirates, le lieu n'est pas de défense commode. La Pierre du Corbeau lui offre un rempart assuré contœ les débarquements de Port Ligia. Mais c'est de Port Andri ou Saint André que, par une route facile, les gens de mer peuvent monter à l'improviste. Vers le port Saint André, en effet, les olivettes et les vignes descendent en un couloir fort étroit, mais sans raideur, qui vient aboutir à la grève du rivage, tout au fond du port. Voici la route que suivit Télémaque pour monter chez Eumée, en quittant son bateau.

Cette route, depuis le fond de Port Saint André jusqu'au bord du plateau, emprunte un couloir pierreux entre deux collines rocailleuses. Ce couloir est

étroit, mais sans raideur*. Il faut compter une demi-heure de route pour un piéton. Les mulets d'ailleurs passent sans difficulté. Au fond de Port Saint André, les marins trouvent une belle plage de cailloux, de graviers et de sables, qui lentement s'enfonce sous l'eau, si bien qu'à quinze ou vingt mètres de la plage la profondeur est d'un mètre à peine. Quelques maisons autour d'un puits et de récentes olivettes animent un peu le fond du port. Les promontoires du goulet et, dans le Sud lointain, les monts de Képhalonie abritent ce mouillage.

Fi«. 127. — Port Saint André.

Sur cette plage, les gens de Télémaque poussèrent leur bateau et vinrent prendre pied :

... r/jV o' et; op[JLOv irpolpso-ffav èp£T[JLOi;, £x 8è xal aÙTol ^aïvov èirl pr^yjjLivi ftaXaTO-Ti;.

A cette aiguade, ils vinrent préparer le repas du matin et mélanger le vin

noir

SsItîvov t' èvTiivovTO xspwvTO Te aï9o7ra olvov.

Puis Télémaque, ayant noué ses belles sandales, a gravi la pente de cailloux et de rochers. Les deux versants du couloir commencent aujourd'hui à se défricher. Quelques oliviers bordent le chemin. De petites terrasses soutiennent quelques vignes et quelques sillons de céréales. Une blanche maison s'est déjà

1. Je n'ai pas suivi cette route. Je ne fais que transcrire les renseignements que M. N. Paulatos a bien voulu me fournir avec les présentes photographies, fig. 127, 128 et 130.

construite. Un hameau quelque jour pourra s'installer non loin de ce reposoir des marins. Sur tout le pourtour des côtes grecques, depuis trente ou quarante ans, c'est la môme descente des cultures et des petites fermes jusqu'au bord de la mer infestée jadis par les corsaires : autour de l'Attique, on pourrait faire de curieuses études à ce sujet. Il est probable qu'au temps de Télémaque la forôt et les pourceaux d'Eumée emplissaient encore ce couloir. Le héros avait pris sa lance pour se défendre des chiens et lui servir de canne. « Ses pieds le portaient dans cette rapide montée vers les étables »,

Tov S' (I)xa 7:po6'.6àvTa iz6ot<; ©épov, oçp' Ïxet' aù^r^v.

Un dernier coude du sentier dans le couloir très élargi l'amène enfin sur le

bord du plateau.

Gell décrit admirablement toute cette région de l'Ithaque odysséemne. Sur place, j'ai vérifié les moindres détails de son récit.

Mot à mot, j'aurais pu me contenter de le traduire. De Port Ligia, Gell est monté à la fontaine par le couloir de la cascade : we proceeded up a venj ruggcd path towards the précipice, till we arrived al a spot where the strata of the rocks, disposed in steps, présent a curions and singular natural descent to a fountain called Pegada or the « well » , frequented by the shepherds of the vicinity; a stream rushes, in the winter, from the mountain above, having precipitated itself from the rock.

Puis Gell a visité le « lieu découvert », l'esplanade embroussaillée qui domine la source. Il a vu les abris sous la Pieixe du Corbeau : under the crag we found two caves of inconsiderable extent, the entrance ofone ofwhich, not difficult of access, is seen in the view of front; they are still the resort of sheep and goats. Au sommet du Corbeau, un berger guettait l'ascension des étrangers et Gell, qui vivait en pleine piraterie, apprécia mieux que nous encore l'utilité de cette

Fie. 128. — La montée de Télémaque.

guette. De son temps, les Ithaciens commençaient à peine d'habiter autour de Port Vathy. Leur village principal du Sud était toujours perché à Pérachorio. Les pirates desÉchinades les tracassaient, comme jadis les Taphiens tracassaient les insulaires de VOdyssée.

Gell nous dit avec raison : Convenience, as well as safety, seems io hâve pointed out the lofty siiualion of Amaralhia as a fit place for the résidence of the herdsmen of this part of the island from the earliest âges. A small source of water is a Ireasure in thèse climates, and if the inhabitants of Ilhaka now sélect a rvgged and elevated spot to securc them from the robbers

FiG. 129. — La guette du Corbeau.

of the Echinadesy it is to be recollected that the Taphian pirates were not less formidable and that a résidence in a solitary part of the island, far from the fortress and close to a celebrated founlain, must at ail times hâve been dangerous without some such security as the rocks of Korax.

Au temps de Gell, — c'est son compagnon de voyage, Dodwell, qui nous le raconte*, — la Roche du Corbeau portait la marque des thalassocrates étrangers. Les Français, conquérants des îles vénitiennes, avaient couvert ces rochers de leurs inscriptions révolutionnaires : « Liberté, Égalité, Fraternité! » — tt Vive la République! » De tout temps, les thalassocrates ont dû connaître et signalei ce rocher caractéristique au-dessus de Taiguade. Ici encore, notre

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