‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 30 sur 343 · Ot/yw., lY, Sôi-SSY · texte numérisé non relu

Ot/yw., lY, Sôi-SSY

Celle ilc de Pharos exisle en effet au-devant de la lerie africaine : elle forme acluellemenl les deux mouillages d'Alexandrie. Mais les géographes de cabinet ont mesuré sur leurs caries la distance entre le bord du continent et la rive insulaire. Ils ont vu qu'un isthme de sable, long de mille ou douze cents mètres, a, depuis l'antiquité, transformé cette île en une presqu'île. Avant celle transformation, ont-ils dit. File n'était séparée du continent que par un détroit de mille à douze cents mètres. Et ils se sont étonnés de la distance fournie par le poète homérique, — un jour de navigation! Aussitôt les archéologues se sont écriés que cette île odysséenne était du domaine de la fable, comme Tile Syria ou comme l'ile de Kalypso. D'autres ont conclu que, depuis ces temps reculés jusqu'à nos jours, le Nil avait par ses alluvions grandement avancé la rive continentale dans la direction de Pharos.... Il faut ici encore lire le texte à la façon des « Plus Homériques » : en expliquant les mots, tous les mots du poète, on s'aperçoit bientôt que cette lie n'est pas plus « mythique » que les autres, et que la côte en cet endroit n'a pas beaucoup changé. Le changement d'ailleurs ne pourrait pas avoir été très grand. L'ile de Pharos, en effet, n'est pas située en face des alluvions du Nil, dans le Delta, mais en face du continent rocheux, au-devant d'un chaînon calcaire qui se détache de la côte libyenne et qui vient pointer dans la mer la longue langue d'Aboukir. Cette langue rocheuse, qui n'a jamais pu changer de place, est comme un écran entre les alluvions du fleuve et les parages de Pharos. Avant même la formation du Delta, ce promontoire rocheux existait auprès de l'île, et il n'en était séparé, comme aujourd'hui, que par quelque mille mètres. Le Delta, qui se forma sous l'abri de cette langue de rochers, ne s'étendit que jusqu'à cet abri. Là « le grand courant côlier, qui va d'Afrique en Asie, s'emparait des boues du Nil; il en façonna le cordon recourbé dont l'autre extrémité s'en va aboutir au massif du Casios, sur la côte de Syrie; depuis lors, l'Egypte ne s'est plus accrue vers le Nord, et la côte est demeurée sensiblement ce qu'elle était il y a des milliers d'années*. »

Pour nous et pour nos marines actuelles, cet îlot de Pharos et le port d'Alexandrie, qu'il forme, font partie intégrante de la terre égyptienne : c'est par là qu'aujourd'hui nous abordons cette terre égyptienne, et nous croyons que depuis vingt-deux siècles c'est ici le grand emporion égyptien. Mais pour les anciens Hellènes, Pharos est en Libye : « La Libye commence, dit le vieux périple de Skylax, à la bouche Canopique, avec le peuple des Adurmachides, et jusqu'à Pharos, île déserte mais pourvue de mouillages et d'aiguades, il y a cent cinquante stades ». Thucydide nous montre Inaros le Libyen, roi des Libyens voisins de l'Egypte, s'embarquant à Mareia, ville côtière en face de Pharos*. De môme, les navigateurs francs du xv!!*" siècle savent, et Thévenot nous disait tout à l'heure, qu'une fois à Alexandrie, on n'est pas encore en Egypte. Le Nil étant la seule porte des marins vers les villes de l'intérieur, —

J. G. Maspcro, llist. Ane, I. p. 4.

et les choses durent ainsi jusqu'à la construction des chemins de fer, — il faut, pour aller d'Alexandrie en Egypte, gagner les bouches du fleuve. C'est la manœuvre que nous décrit le Nostos de Ménélas; de l'Ile de Pharos, le héros achéen retourne ancrer ses bateaux dans les eaux du fleuve :

à^ O' tU AiyjîTTO'.O OUTCSTSOÇ TTOTajJLoTo

Or, de nie Pharos aux bouches du fleuve, c'est bien, comme nous dit le poète, un jour de navigation qu'il faut compter, quand encore on a la chance d'un bon vent. Car reprenez les récits des voyageurs francs. Alexandrie pour les Francs n'est qu'une relâche sans grande importance : « la véritable place de commerce est Rosette, qui est assurément la plus belle ville de l'Egypte après le Caire ». Rosette est dans le fleuve, à quelque distance de la côte. Elle est abritée, par cette distance môme, contre les incursions des corsaires. D'Alexandrie, il faut donc aller à Rosette. Chaque fois qu'on peut, on fait la route par mer. Mais les vents du Nord-Ouest ou du Nord-Est, qui prédominent ici, sont contraires à cette navigation, et la côte est dangereuse. Les Instructions disent que durant l'été le vent souffle ordinairement du Nord-Ouest. La navigation d'Alexandrie vers Rosette demanderait du Sud-Ouest. On prend donc la route de terre : « Je fis charger nos bagages sur des chameaux, ajoute d'Arvieux*, et, monté sur des mulets avec mon janissaire et mon valet, je partis d'Alexandrie. Nous passâmes au Bouquier (Aboukir). Nous arrivâmes le soir à la Maadie, qui signifie passage. L'on passe cette embouchure [d'un grand lac dans la mer], et l'on trouve un caravansérail où l'on se loge et où l'on décharge ses marchandises. Je passai la nuit sur mes matelas. Le lendemain nous pliâmes bagage au point du jour. Nous arrivâmes à Rosset sur les trois heures de l'aprèsmidi. On compte cinq lieues d'Alexandrie à la Maadie, et quinze lieues de la Maadie à Rosset. » Pour les caravanes, ces vingt lieues font une très longue journée de route, que, d'ordinaire, il faut couper en deux étapes. Par mer, si Ton a la chance d'une brise arrière, le trajet n'est qu'un peu moins long : « Le 25 d'aoust, raconte P. Lucas, nous partîmes d'Alexandrie dès le matin par la commodité d'une germe. C'est un petit bateau plat et découvert avec une grande voile latine. Il fait beaucoup de chemin quand il a le vent en poupe, [cf. le vers odysséen du nostos de Ménélas :

... -Ç Â'.yÙ^ OlipOÇ £7t'.TO/£tTJ0"tV OTÎlTÔev]

aussi ne part-il jamais qu'il ne l'ait favorable. Nous passâmes devant les Beckicrs (Aboukir), et nous traversâmes fort heureusement les boucas, qui sont les entrées du Nil. Il était cinq heures du soir lorsque nous arrivâmes à Rosset^. »

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