‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 31 sur 343 · P. Lucas, 1, p. 45-i · texte numérisé non relu

P. Lucas, 1, p. 45-i

Aux temps historiques, les Hellènes eurent leur Rosette, leur marché du Delta, sur cette même bouche du fleuve, mais un peu plus haut, à Naukratis : entre Pharos et Naukratis, Aristote remarquait déjà qu'il y avait exactement la journée de navigation, dont VOdyssée parle entre Pharos et le port du fleuve*. Le poète odysséen a donc une connaissance très exacte de ces parages. Ici encore, ses descriptions ne paraissent mythiques qu'aux lecteurs inattentifs ou mal informés.

Mais, grâce au vent favorable, notre corsaire crétois, pour atteindre l'Egypte, n'a pas eu tant de manœuvres à faire. Il n'a pas rencontré les changements de vent, les maestral-tramontane, maestral-ponent, maestral-gregal, etc., de Thévenot. Il a eu pendant toute la traversée un « grégal » pur, plein arrière, Bopéip àxpaii xaXw. En quatre jours et quatre nuits, il est allé droit au fleuve : « de Crète en Egypte, dit Strabon, il y a quatre jours et quatre nuits; quelques-uns pourtant n'en comptent que trois'. » Rien n'est plus variable que l'évaluation et la durée de traversées en haute mer. De la Crète au Delta, il faut compter en droite ligne 600 kilomètres, ce qui ferait pour nos barques Cretoises un train de cinq ou six kilomètres à Theure, chiffre très acceptable, ainsi que nous en avons fait le calcul précédemment. Nos corsaires atterrissent. La rive est déserte. « L'habitation » est écartée de la mer : la ville est dans le fleuve. Ils entrent dans le Nil. Ils amarrent leur flottille dans le fleuve même, mais à l'écart des lieux habités, en pleine campagne. La ville pourtant n'est pas loin. Mais on ne la voit pas : elle est cachée par le fourré de joncs et d'arbustes. Dans cet immense marais du Delta, la vue est arrêtée à quelques pas; les hautes plantes d'eau, les buttes de sables ou de vases encaissent le fleuve et boi^dent ses chenaux. Aussi le capitaine crétois voudrait prendre quelques précautions, poster des guetteurs sur les dunes qui dominent la plaine, surveiller le fleuve pour voir si l'on peut en toute sécurité se livrer au pillage :

OTwT'/ipa; oè xoLzoL (TXOTCiàç oJTpuva vlfidOat.

Mais les équipages ne veulent pas attendre. Ils sont assis et inactifs depuis quatre jours. Ils ont eu le temps de digérer les festins de moutons et de bœufs gras, que le capitaine leur avait servis avant leur départ de Crète. Quatre jours de bouillie ou de pain sec ont aiguisé leur appétit. Et voici les grasses campagnes, 7rept.xaXX£a; à^poii;, du Delta :

Rosette, dit d'Arvieux, est dans une situation charmante. Elle est toute environnée de jardins remplis de palmiers et de toutes sortes d'arbres fruitiers. Elle a des vignes excellentes. Le riz, les légumes, les fruits de toute espèce y sont en abondance et à très bon marché. La viande n'est pas plus chère. Le bœuf et le mouton y sont excellents. Les poules et les poulets y sont presque pour rien. Il y a des oies et des canards sans nombre et des pigeons plus qu'on ne peut s'imaginer.... On trouve des

Page 1