M. Croisol. Uht. LUI. Gvrnjur, I. p
LES SOURCES DU l'OÈME. 555
lut vraiincnt alliée a ce roitelet marin, et non pas au grand empereur du Levant, au noble et puissant seigneur du Caucase et du Phase.
Je crois que la langue même de VOdyssée fleure encore son périple. Au cours de cette longue étude, je me suis efforcé de traduire ou de commenter chaque page du poème par quelque page de nos Instructions : la seule langue des marins m'a semblé pouvoir rendre en leur plénitude et en leur minutie toute la pensée et tous les mots du texte. Que Ton se reporte aux nombreux exemples rencontrés. 11 faudrait reprendre ici la plupart de mes traductions. Un ou deux exemples cependant peuvent suffire.
En sa description des ports de Phéacie et d'Ithaque, le poète nous parlait de la « partie Sud-Est », vo-riov. Cette expression est très claire et très précise dans la langue des périples. Elle se retrouve à chaque page de nos Instructions. Pourtant les commentateurs essayaient vainement de la comprendre. Le Lexicon Ilomericum d'Ebeling nous dit encore : « notion signifie la mer humide et, dans cette mer, la partie qui est la plus voisine de la plage », umidum mare atque en ejus pars quae prope littus est. Par malheur le texte odysséen ajoute que cette « partie du Sud-Est », sv votio), est « dans la haute mer », O'ioy :
Les philologues expliquent aussitôt cette apparente contradiction : haute mer y disent-ils, signifie en réalité mei^ profonde, èv ^àfiei tou SSaToç, et cette mer profonde se peut trouver au long du rivage. Mais un commentateur ancien avait déjà vu que notion, c'est en réalité « la partie du Sud-Est », tcJ) irpo; vôtov [jiipsi. Pour avoir une exacte équivalence de ce terme, ouvrez seulement les Instructions : « L'entrée Sud du port de Sigri se trouve entre l'îlot Sidoussa et le cap Sigri dans le Sud-Est. » L'entrée du port d'Ithaque, tourné vers le Sud, était de même entre la butte de Polis et la côte de l'ile, dans le Sud-Est. C'est à cette partie Sud-Est du goulet que les compagnons de Télémaque amènent, en ramant, leur bateau mis à flot, et c'est là qu'ils embarquent marchandises et passagers.
Autre exemple. Le poète nous parle de ports klutoi, xî.-jTot :
£V9' èlCsl s; Xl[JL£Va xX'JTOV 7^X90jJL£V..., Y,[JL£t; 8' £; X'.jJLÉva XXUTOV 7iX9o[JL£V * . . . ,
Les littérateurs traduisent par « port célèbre », en rapportant ce mot xXuto; au verbe x)v£»lu) et aux analogues ovojjiaxX'jTo;, oo'jptxXuTo;, etc. Épithète banale, s'il en fut : pourquoi les ports de Syra et des Lestrygons (c'est à ces deux mouillages