‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 305 sur 343 · Orfy«*., XV. 472: X · texte numérisé non relu

Orfy«*., XV. 472: X

55« LKS PHÉNICIENS ET l/ODYSSÉE.

que le poète applique l'épilhèle) seraienl-ils plus « célèbres » que tels et tels autres? Dans les périples anciens, il est des ports « fermés », xXeiTroi :

nàpo; cyo'jo-a Xiasva; o-jo, div tov £va xXeirrov..., «fraXio-apva xal Xijxt,v xXctTTo;...,

Bàflro^ vf^o-o; xal itoXiç xal Xi[jl£vs; O'jo" toutwv 6 eï; xXsitto;..., NfjTo; Kw; xal TtÔAi^ xal Xi[jlyjV xXctTTo;'....

Je ne sais s'il ne faudrait pas, dans nos deux passages de ÏOdyssée^ donner ce même sens au mot x).i>t6;, soit en corrigeant xXuto; en xXeivtoç, soit en dérivant cette forme ou quelque forme semblable des verbes xXeuo, xX^^oi, qui signifient feimter. Nous aurions alors une explication très satisfaisante, conforme au langage des navigateurs et à la réalité des lieux : le port des Lestrygons est bien une rade close, — nos Achéens ne s'en aperçoivent que trop, — et le port de Syra est, lui aussi, fermé par l'avancée des promontoires et par un ilôt côtier; les périples nous décrivent ainsi le port deSamos, 2à[xo; ettI vf.o-o^ itoXiv eyouo-a xal Xi[xéva xXeiTTOv.

A bien examiner le poème odysséen, on rencontrerait à chaque vers quelque expression idiomatique, dont le sens véritable ne saurait nous être donné que par les seuls périples. Récits d'embarquements ou de naufrages, descriptions de mers ou de côtes, histoires de tempêtes ou de « coursières » : la seule langue des marins nous permet de rendre toutes les intentions du texte.

On peut dire, il est vrai : « Le poète n'eut qu'à puiser ces descriptions et expressions dans les récits et dans le parler même de son auditoire ou dans son expérience personnelle. Il est superflu d'imaginer un périple à la source de ces formules, métaphores et idioiismes de la langue « matelote », comme à la source de ces histoires et tableaux de marine, si le poète vécut parmi les matelots et s'il fît en personne tout le voyage ». De ses propres yeux, du ponl de son navire, le poète aurait donc vu les sites qu'il décrivait; il les aurait peints d'après nature, sans l'aide d'un périple, mais à la mode et suivant les visions d'un navigateur :

¥A d*abord sache bien à ma louange, ami,

Que je ne suis pas, comme on dit, marin d'eau douce ;

De tanguer et rouler, j'ai connu la secousse :

Sur un pont que les flots balayaient, j\ii blêmi.

J*ai vu les ouvriers du large et ses bohèmes. J'ai chanté leurs refrains et vécu leurs poèmes. Et tu verras ici des vei's, en maint endroit.

t. Geog. Graec. Min.. I. p. 42, 47, 54, 72, 73, 77, 78, otc.

Lesquels furent rythmés au claquement des voiles Cependant que j^étais de quart sous mon suroit, Le dos contre la barre et l'œil dans les étoiles*.

L'hypothèse d'un Homère-Ulysse, d'un seul homme, poète et héros des Aventures, a trouvé quelques partisans. Je ne crois pas que l'on puisse longtemps y demeurer. Déjà nous avons quelques clairs indices qui y sont contraires. Le poème est exact à la façon des périples : cette exactitude serait imputable à Texpérience directe d'un témoin oculaire. Mais le poème est inexact aussi à la façon des mêmes périples, et des seuls périples. Or un témoin eût évité sans peine telles et telles de ces erreurs. Homère-Ulysse, citoyen ou familier d'Ithaque, aurait su que les Ports Jumeaux ne sont pas dans Astéris. Un cabo* leur de la Porte du Zophos ne se fût jamais trompé aussi grossièrement. Seul, un lecteur de périples ou à^ Instructions a toujours risqué et risque aujourd'hui même d'interpréter ainsi les descriptions — non les réalités — qu'il a devant les yeux.

Mais il est une objection bien plus forte à l'hypothèse d'Homère-Ulysse : c'est que visiblement le poème est l'œuvre d'un Hellène, tandis que le périple porte, je crois, la marque de l'ouvrier sémitique. Le poète — Homère, si Ton veut, — était Grec; le navigateur — Ulysse, pour lui donner un nom, — était Phénicien.

C'est un périple sémitique, en effet, qu'il faut supposer comme source originelle du Nostos. Ici encore, examinez le fond et la forme, la matière et les mots. L'hypothèse d'un périple grec ne nous expliquerait ni l'ensemble ni le détail de la navigation, ni certains termes techniques, ni certains noms propres.

Il est des parages odysséens que jamais les Hellènes n'ont connus, des sites que jamais ils n'ont fréquentés. Parages des Lestrygons, côte de Perejil : jamais les navigateurs hellènes ne poussèrent de ce côté leurs explorations de la Sardaigne et de la Libye, ou, plutôt, jamais leurs périples ne se donnèrent la peine de décrire minutieusement ces rivages que leurs flottes ne longeaient pas.

Durant toute l'antiquité, à travers tous les périples, géographes, historiens et commentateurs classiques, il est impossible de trouver mention de Perejil.

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