‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 32 sur 343 · Strab., X · texte numérisé non relu

Strab., X

lièvres, des gazelles et des oiseaux de rivière de toutes les espèces et en quantité. Les raves et les oignons y sont très gros et si doux qu'il n'y a point de pays, qui en portent, qui en approchent. 11 est aisé de s'apercevoir qu'on est véritablement en Egypte. Il y avait chez le vice-consul de France des Espagnols qui en raangeoient tous les jours à ventre déboutonné et ne pouvoient s'en rassasier*.

Comment un estomac de corsaire pourrait-il résister à une pareille tentation? Nos Cretois ont encore d'autres raisons de se hâter : il ne faut pas laisser Talarme se répandre; les femmes et les enfants, avec les troupeaux, au premier indice, vont s'enfuir à l'intérieur du pays ou se barricader dans les maisons. Ce sont les femmes et les enfants qui font la richesse d'une prise. Les hommes, malgré leur couardise, se défendent toujours un peu : il faut les tuer. L'homme adulte n'a d'ailleurs pas grande valeur aux yeux des pirates. Il ne fait jamais qu'un esclave médiocre, insoumis, paresseux, sans agrément. Au contraire la femme et l'enfant, pour mille raisons, sont très recherchés. Ils font prime sur le marché. Partout, on trouve à s'en défaire contre un bon prix : « Si vous me tirez d'ici, dit la Phénicienne de Syria aux corsaires de son pays, je vous apporterai tout l'or que je pourrai voler chez mon maître et j'y joindrai un autre prix de mon passage. Je suis la bonne d'un petit garçon qui commence à courir les rues. Je tâcherai de vous l'amener à bord, et vous en tirerez un bon prix, partout où vous passerez ensuite »,

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A bord des vaisseaux, la femme et le petit garçon, en outre du profit, servent à des plaisirs que nos corsaires homériques, comme le capitaine de P. Lucas, savent apprécier : nos gens sont des Cretois; leurs descendants ont gardé làdessus, à travers toute l'antiquité, une renommée fâcheuse. Enfin, il ne faut pas oublier une dernière considération fort importante : la femme, même la plus pauvre, est toujours parée, chargée d'or et de bijoux. Les corsaires francs ou turcs rêvent de l'aubaine que serait un enlèvement de femmes en toilette de fêle ou de pèlerinage. Écoutez Thévenot :

Les femmes de Chio sont très belles et de taille advantageusc. Elles ont le visage blanc comme le plus beau jasmin ; mais elles ont le sein tout bruslé du soleil et tout noir. Je ne me pouvois tenir de les quereller quelquefois, de ce qu'elles ne le couvroient point avec quelque mouchoir ou quelque autre linge, car après cela il ne se pourroit rien voir de plus beau.... Mais, si elles sont jolies, elles sont remplies de vanité, qui est un vice qui accompagne toujours ce sexe. Elles veulent être vestues des plus belles étoffes qu'elles puissent avoir, et toutefois ce n'est rien à présent aux prix de ce que c'estoit autrefois. Il n'y avoit si chétive, jusqu'à la femme d'un savetier, qui ne voulût avoir de beaux souliers de velours, qui coustoient cinq ou six écus, des

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