Paus., VII
PROCÉDÉS ET ISVKNTION. 571
tration au texte de V Odyssée (Cf. le premier tome de cet ouvrage, p. 298). C'est dans les parages de Kalypso que riléraklès tyrien avait enlevé les troupeaux de Géryon et c'est de là qu'il était revenu, en faisant tout le tour de la mer Occidentale*. Il suivait, il est vrai, les routes de terre. Mais telles et telles de ses étapes figurent aussi parmi nos étapes odysséennes. Au pays des Kyklopes, Héraklès avait construit la digue du Lucrin pour le passage de ses bœufs et il. avait chassé les Géants du pays kuméen*.
Le texte même de VOdyssée nous oflre peut-être dans les mots et les inventions quelques fantaisies étranges. Nous avons, sur la côte sarde, deviné comment le nom sémitique des Korses a donné naissance tout à la fois au < Mangeur » et au « Contradicteur », au vorace Antiphatès, roi des Lestrygons. Pareillement, sur l'une des routes décrites par Kirkè, les Roches Jumelles sont devenues tout à la fois les « Deux Pierres » et les « Colombes Intégrales ».
Il est certain que ces calembours et jeux de mots sont fréquents dans toutes les toponymies empruntées, qu'elles soient transcrites de périple à périple ou passées de peuple à peuple. Dans la baie de Pouzzoles, le Portulan de Michelot nous dit qu'on « charge sur les vaisseaux la terre qu'on appelle porcelaine » : c'est une jolie explication de pouzzolane.
Mais si, à première rencontre, l'anthropomorphisme peut sembler le procédé favori des Hellènes et leur grande source de poésie, à première rencontre aussi on est tenté de se souvenir que l'allitération et le jeu de mots tiennent une place prépondérante dans la poésie de tous les Sémites. L'allitération et, pour l'appeler de son vrai nom, le calembour sont la marque essentielle de leurs vers, comme la rime est la marque essentielle des nôtres :
Il est probable que les anciens Israélites n*ont jamais connu Tart métrique, tel qu*il était pratique chez les Grecs.... Pour la rime de môme, la poésie hébraïque n'en a pas senti le besoin. Si la rime se rencontre par ci par là dans quelques vers, cela ne tire pas il conséquence.... Mais les poètes n'ont pas toujours dédaigné une autre forme musicale, savoir : Tassonance, c'est-à-dire la reproduction fréquente d'une même syllabe dans la composition d'une pièce. Ceux qui peuvent comparer l'original voudront bien relire ici le Psaume 124 et surtout le chapitre V des Lamentalions où la syllabe rimante se rencontre quarante fois dans les vingt-deux distiques'.
J'imagine un auteur sémitique jonglant ainsi avec les mots de sa langue, plus facilement qu'un poète grec jouant avec les termes d'une langue étrangère.