neimc de Géographie, 188», I et II, p. 446 et
d'État. Suivant, sur ce point, l'exemple de l'Kspagne, le Portugal punissait de mort quiconque avait fourni à des étrangers le moindre renseignement à ce sujet.
Malgré les précautions de toute sorte dont on s'entourait en Portugal, un Hollandais, Van Linschoten, se glissa sur une escadre portugaise en avril i58o et fournit à son pays les premiers renseignemenls. Puis le libraire Claesz, d'Amsterdam, parvint à se procurer des cartes. Les frères Houtmann, envoyés comme espions à Lisbonne pour compléter les pièces obtenues par Claesz, furent plus ou moins devinés et jetés en prison. Le Portugal commit la faute de laisser des marchands hollandais les racheter à prix d'or.
Une fois en possession des précieux documents, les Hollandais se gardèrent bien, eux aussi, de les publier. Chaque capitaine de vaisseau en reçut des copies dont il était responsable et qu'il devait au retour déposer dans les archives de l'Amirauté. En Hollande aussi, la peine de mort punissait la divulgation des itinéraires : les indiscrétions moindres entraînaient le fouet, la marque ou la prison. A la fin du xviu^ siècle, l'administration hollandaise refusait encore des pilotes et des secours aux navires étrangers en détresse dans les mers de la Sonde. Serait-il téméraire d'imaginer que parfois, au xvi« et au xvii« siècle, certains agents portugais ou hollandais avaient poussé le zèle jusqu'à se faire naufrageurs?
En tout cas, pendant longtemps, des légendes à l'usage des étrangers grossissaient à plaisir les tempêtes du cap de Bonne-Espérance, les typhons de la mer des Indes, et les difficultés de la navigation dans les passes étroites des mers de corail*.
« A Torigine, dit Strabon, les seuls Phéniciens faisaient le commerce des Kassitérides, en partant de Gadès et en cachant à tous leur navigation, xpuicrovre; SîTaTi Tov TcXo'jv. Des Romains s'étant mis dans le sillage d'un pilote phénicien afin de connaître ces eniporia, le pilote échoua de plein gré son vaisseau et fit du coup échouer les Romains qui le suivaient. Il échappa au naufrage et reçut, par la suite, du trésor public, le prix des marchandises qu'il avait perdues*. »
Dans le périple phénicien, carthaginois, que les Hellènes ont connu sous le nom de Périple d'IIannon, il semble bien que les dangers et monstres aient une place un peu encombrante. Dans l'autre périple phénicien d'IIimilcon que la traduction d'Aviénus nous a conserve, il semble pareillement que la longueur et les risques du voyage jusqu'aux îles Kassitérides soient quelque peu exagérés. Avant d'arriver aux mers océanes de l'Extrôme-Occident, les Phéniciens avaient sans doute peuplé de pareilles fantaisies terrifiantes les extrémités de la mer Intérieure, dont ils gardaient jalousement les chemins : « Les Carthaginois coulaient tous les navires étrangers qu'ils rencontraient autour de la Sardaigne ou des Colonnes : d'où le manque de certitude des renseignements que l'on peut avoir sur le couchant'. »
Jusqu'à nous, telle de ces inventions terrifiantes plane encore sur des régions méditerranéennes que les Phéniciens ont découvertes et longtemps mo-
1. Pli. Ciiainpault, la Science Sociale, 1905, XXXV, p. 391 et suiv.