‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 314 sur 343 · Strab., III · texte numérisé non relu

Strab., III

:.. Strab., XVII, 802.

nopolisées. A la côte de notre Tripolitaine, ils avaient installé leurs Emporia : le trafic du Soudan leur était assuré par ces embarcadères où déjà venaient aboutir les caravanes du désert. Il semble qu'ils aient raconté mille fables sur les dangers de ces Syrtes, sur les tempêtes terribles et les sables mouvants et les bateaux engloutis et la vase vorace et les mirages du lac Triton : par les racontars des Grecs et des Romains, ces inventions phéniciennes ont passé jusqu'à nous. Dans son excellent mémoire sur les Comptoirs des Syrtes (de Syrticis Emporiis), A. Perroud a consacré tout un chapitre à ces terreurs dont les Carthaginois entouraient leur domaine, terrores quos Syrli minori Carthago circumdat. Depuis Skylax jusqu'à la fin du monde classique, la petite Syrte reste un lieu d'épouvante, et nos enfants, par leurs professeurs de belles-lettres, apprennent encore que « cette mer est sauvage, sans ports, pleine de tempêtes, de rochers et de sables mouvants », inare ssevum, importuosum...; limum arenamque et saxa ingentia fluctus trahunO.

L'existence de romans ou poèmes de navigation sémitiques me parait donc probable. Il me paraît plus difficile encore de nier l'existence de modèles grecs antérieurs à VOdyssëe. VOdysseia, étant un chef-d'œuvre, ne dut pas être un coup d'essai : avant le Cid, les Français avaient durant un siècle acclimaté chez eux la tragédie; avant VOdyssée, les Hellènes avaient acclimaté le nostos. Le nostos, avant le poète homérique, était déjà un genre littéraire. Il avait sa langue, son vers, ses lois, ses personnages et ses épisodes principaux. M. Paul Girard*, voulant montrer « comment a dû se former V Iliade », rétablit la longue série de colères et de disputes qui précédèrent la Colère d'Achille et la Dispute d'Achille et d'Agamemnon.

La querelle d'Achille et d'Agamemnon n'est pas le seul diiïérend entre chefs achéens dont l'épopée grecque ait gardé le souvenir. VOdyssée mentionne un désaccord qui avait éclaté entre Achille et Ulysse, et qui formait la matière de l'un des poèmes chantés par Démodocos au milieu des Phéaciens.

Une autre querelle, plus connue des modernes et plus fameuse dans l'antiquité même, est celle d'Ajax et d'Ulysse pour la possession des armes d'Achille. On sait comment Sophocle s'en est inspiré dans son Ajax. Avant lui, Eschyle avait eu recours au même mythe pour composer sa trilogie, aujourd'hui perdue, de VAttribution des armes, des Femmes thraces et des Femmes salaminiennes. Les artistes aimaient à traiter ce sujet ; les deux tableaux exposés à Samos, dans un concours, par Parrhasios et par Timanthe, prouvent, semble-t-ii, les effets dramatiques qu'ils en savaient tirer. La querelle d'Ulysse et d'Ajax est rappelée dans la Nékyia. Le poète ne nous dit pas expressément si cette querelle formait la matière d'un poème épique : tel est pourtant,

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