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Revue des Études Grecques, juillet-octobre

selon toute apparence, le sens de i*aIlusion contenue dans la Nékyia. Ce qui est certain, — le grammairien Proclos nous en instruit, — c'est qu'elle figurait dans VAithiopis d'Arctinos et dans la Petite Iliade de Leschès.

Nous savons, enfin, qu'après la. prise de Troie, entre Agamemnon et Ménélas, deux querelles éclatèrent, dont VOdysêée nous apporte Técho. Le récit en est placé dans la bouche de Nestor contant à Télémaque les événements qui ont suivi la victoire. Voilà donc, en dehors de la querelle d'Agamemnon et d'Achille, quatre querelles dont l'existence littéraire n'est pas douteuse. On peut grossir cette lisle d'un certain nombre d'exemples qui, bien que moins topiques, se rattachent encore à cette singulière littérature dont nous recherchons les spécimens. Voici, en suivant l'ordre des événements, la liste qu'on en peut dresser.

I. Querelle de Philoctète et des chefs achéens à Ténédos, à propos de la blessure faite à Philoctète par un serpent ; sujet traité dans les Chants cypriens,

n. Inimitié d'Ulysse et de Palamède; sujet traité dans les Chants cypriens.

m. Querelle d'Achille et d'Agamemnon au sujet de Briséis; point de départ de VIliade.

IV. Querelle d'Ulysse et de Thersite dans l'assemblée qui suit l'épisode connu sous le nom d'Épreuve; sujet traité dans le deuxième chant de VIliade,

V. Querelle d'Ulysse et d'Achille après la mort d'Hector, relativement aux moyens de prendre Troie; matière de l'un des poèmes chantés par Démodocos à la cour d'Alkinoos; allusion à ce poème dans le huitième chant de Y Odyssée.

VI. Querelle d'Achille et de Thersite, suivie de la mort de ce personnage, à propos de l'Amazone Penthésilée et de la passion qu'Achille avait conçue pour elle; peut-être est-il fait allusion à cette querelle dans VIliade, II, 220-221 ; sujet traité dans VAithiopis .

VII. Querelle d'Ulysse et d'Ajax, fils de Télamon, pour la possession des armes d'Achille; allusion dans VOdyfsée, XI, 545 et suiv. ; sujet traité dans VAithiopis et dans la Petite Iliade.

VIII. Querelle d'Ulysse et de Dioraède à propos du Palladion; sujet traité, à ce qu'il semble, dans la Petite Iliade.

IX. Inimitié d'Ulysse et d'Ajax, fils d'Oïleus, après l'attentat contre Cassandre; allusion dans Pausanias, X, 51, 2; le jugement d'Ajax par les chefs achéens formait l'un des épisodes de Vllioupersis.

X. Querelle d'Agamemnon et de Ménélas après la prise de Troie, à l'occasion du départ de la flotte; allusion dans VOdyssée, III, 150 et suiv.; sujet traité par Hagias de Trézène dans ses Retours.

XI. Querelle de Nestor et d'Ulysse à Ténédos au sujet du retour de l'armée; allusion dans VOdyssée, III, 160 et suiv.

Il me semble que pour les retours nous pouvons ùtre plus affirmatifs encore. Nostos d'Agamemnon, nostos de Ménélas, nostos d'Idomcnée, nostos de Nestor : V Odyssée elle-même nous fournit ou nous résume trois et quatre de ces retours. Quelques-uns semblent avoir été introduits après coup dans le texte primitif de notre poème. Je ne serais pas éloigné de croire que le nostos de Ménélas, le conte de Proleus, est une interpolation. Ce conte est à coup sûr du môme temps que le reste : il n'est peut-être pas de la môme main.

En chacun de ces nostoi, les épisodes ou péripéties et les personnages

principaux devaient être les mêmes. Parmi les épisodes, quelques-uns sonl essentiels : telle la Reconnaissance du héros par son (ils ou ses proches, tel encore le Récit des Aventures par le héros, etc. Parmi les personnages, quelquesun^ sont aussi des types presque indispensables : la femme fidèle (Pénélope), coupable (Klytemnestre) ou repentie (Hélène) ; le fils secourable (Télémaque) ou vengeur (Oreste); le prétendant vainqueur (Égisthe) ou évincé (Antinoos); le bon et le mauvais serviteur (Eumée et Mélanthios) : l'aède qui par ses chants vertueux ou pervers soutient ou ruine la patience de l'épouse sans nouvelles, etc. Le noslos, comme la tragédie, comme tous les genres littéraires, avait ses « chefs d'emploi », avec leurs rôles déterminés. Pendant plusieurs générations, durant des siècles peut-être, ces chefs d'emploi parurent en d'autres nostoi, avant de figurer dans notre Odysseia. M. Michel Bréal écrivait récemment au sujet de Vlliade :

Pour expHquor cette merveille du gimvd narratif, ce n'est pas assez de supposer un rare génie poétique : on est obligé, en outre, d'admettre lexistence d'une foniio depuis longtemps assouplie. Il faut, à la fois, le poète et la tradition. Au poète, est due la grandeur du cadre, la vérité des caractères, l'intérêt de l'action, l'harmonie de l'ensemble; à la tradition, est due la mesure des vers, l'abondance du vocabulaire, la richesse des formes grannnaticales, l'habitude des formules pour tous les actes de la vie, l'usage des épithètes invariables et des périphrases consacrées. Sans la tradition, une œuvre de cette envergure ne se peut concevoir, de même que, sans le génie, on aboutissait à la versification banale des poètes cycliques.

Une longue période d'essais épiques a dû précéder. On en a pour preuve ces locutions stéréotypées que roule le flot continu de la narration, ces façons do parler assez étranges dont l'habitude nous empêche de sentir l'apprêt....

Homère représente la maturité, et non l'enfance d'un âge poétique. Nous n'en pouvons douter, quand nous voyons l'hexamètre, du commencement à la fin, être la forme invariablement adoptée. Comme le fait observer M. Wilamovvitz, entre les divers mètres que nous offre la poésie grecque, l'hexamètre est l'un des plus sévèrement réglés. La place des longues et des brèves y est fixée à l'avance, une assez petite part étant laissée à la liberté du poète. Non moins rigoureuses sont les lois de la prosodie. Le principe qu'une longue vaut deux brèves a évidemment quelque chose d'arbitraire. Non moins conventionnel est celui qui veut que deux consonnes consécutives allongent la syllabe. Si nous prêtons l'oreille à des poésies vraiment sorties du peuple, nous y rencontrons une variété de mesures et de rythmes, nous y trouvons des allongements, de^s raccourcissements, des suppressions de syllabes entières, qui nous transportent loin de la prosodie réglée de l'hexamètre épique. Comme l'alexandrin français, celui-ci a l'air d'être l'héritier d'une longue évolution*.

Je croirais môme assez volontiers qu'avant VOdysseia, l'Hellade avait connu d'autres lilysséides, d'autres retours d'Ulysse.

Prenez le début du poème : « Muse, dis-moi l'Homme Malin. » Le poète ne

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