‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 316 sur 343 · I. lUnir (If Paris, l.i lV;vrior IDOr · texte numérisé non relu

I. lUnir (If Paris, l.i lV;vrior IDOr

semble pas éprouver le besoin de nommer son héros. « Le Malin » suffit. Inutile de prononcer le nom propre. Ce nom d'Ulysse n'apparaîtra qu'au vingt et unième vers. L'auditoire achéen connaissait « le Malin », comme les gens du Moyen Âge connaissent la Vierge ou le Précurseur, comme les spectateurs de la comédie italienne connaissent le Jaloux ou le Balafré. Notre poète ne fait qu'entreprendre un nouveau portrait du Malin, un nouveau récit de quelquesunes de ses aventures; il prie la Muse de lui dire, à lui aussi, une partie de ces histoires :

TÔJV àaoSsv ye, 9ea 6'jyaTep Atoç, zItzÏ xal r, jjlIv.

La Muse en avait donc parlé à d'autres avant lui. On pourrait même souligner peut-être* ce mot si curieux de àjjioôev, qui ne se rencontre nulle part ailleurs dans les poèmes homériques et qui signifie, disent les scholiastes, « en commençant par où tu voudras ». « Des hauts faits du cycle d'Ulysse, dis-nous, à nous aussi, ô déesse fille de Zeus, quelque chose, ce que tu voudras, twv irepl tov '05u3"<TÊa OTToOsv GiXsiç TTpàÇewv àiro tivo^ [jLspou; àpÇa|jL£vri 3ir,yoG xal TjIxîv*. » Dans le cycle complet des aventures que la tradition attribue au héros, notre poète ne choisira donc ou n'embellira que quelques épisodes.... Avant VOdysseia, il existait d'autres Ulysses et d'autres Ulysséides, comme avant Michel- Ange il existait dans l'art italien d'autres Jugements, d'autres Prophètes et d'autres Sibylles. Mais après le poète homérique comme après Michel-Ange, un type, un modèle définitif était créé, fixé : personne n'essaya plus de recommencer VOdysseia; personne n'essaie plus de recommencer le Moïse.

L'œuvre propre du poète homérique fut ce portrait définitif du héros : le genre littéraire existait avant lui; mais, grâce à lui, ayant porté son fruit parfait, son chef-d'œuvre, ce genre n'eut plus ensuite qu'à disparaître.

Ce chef-d'œuvre apparut au « recoupement », si je puis dire, de la tradition grecque et de l'influence sémitique : ainsi, dans presque tous les pays et presque tous les temps, les grandes œuvres d'art sont le double produit d'une tradition nationale et d'une influence étrangère.

Les Hellènes avaient leurs nostoi; les Sémites avaient leurs périples et, peut-être, leurs contes, romans ou poèmes de navigation : VOdyssée homérique est le résultat d'un habile mélange ou croisement. Je la définirais volontiers « l'intégration dans un nostos grec d'un périple ou d'un poème sémitiques ». On peut constater, je crois, celte intégration, si l'on veut bien considérer VOdyssée complète, en réunissant les deux premières parties du poème actuel, celles qui traitent de voyages et d'aventures, VOdysseia proprement dite et la Télémakheia.

\. La remarque est de M. Paul Mazoïi.

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