‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 317 sur 343 · V. BÉRARD. — II · texte numérisé non relu

V. BÉRARD. — II

Entre VOdysseia et la Télémakheia, je vois bien à coup sûr une séparation : la Télémakheia, pour reprendre le mot d'un critique, est une sorte a d'introduction* ». Mais cette introduction, tout pesé, me parait nécessaire, indispensable à la composition et à la tenue de l'œuvre. Le rôle, le personnage et Thistoire de Télémaque me semblent le complément nécessaire du rôle, du personnage et de l'histoire d'Ulysse. Autant j'admets avec facilité que Ton peut, que l'on doit môme retrancher de VOdyssée la Mnesièrophonia, autant la coupure de la Télémakheia^ me semblerait mutiler l'ouvrage — et ma plus forte raison est, comme toujoui's, un calcul géographique.

Car si VOdysseia proprement dite, le Nostos pris séparément, est le poème des S(?/>/ -Bouches, il semble que VOdyssée tout entière, Odysseia et Télémakheia réunies, soit le poème des Dix-Bouches. Aux Spp/-Bouches de la mer Occidentale, de la mer des sauvages et des monstres, qui sont décrites par le Nostos et sans doute empruntées aux poèmes des Sémites, il faut ajouter en effet les trois Bouches que fréquentent les Achéens et qui de TArchipel conduisent leurs marins jusqu'au bout de la mer « farinière », au seuil de la mer inconnue : Bouches de Cérigo, que la tempête ferme aux bateaux d'Ulysse; Bouches de Zante, que barrent les Iles Pointues; Bouches d'Ithaque, dernière porte du zophos, avec la guette et les pirates d'Astéris.

Trois Bouches dans les mers « farinières » ; sept Bouches dans la mer inconnue : au total dix portes ou Bouches dangereuses. Spectateur placé aux rives d'Ionie, le poète aperçoit dix Bouches depuis l'île de Kythère, qui borne la Grande Mer des Ioniens, TArchipel, au pied du Péloponnèse, jusqu'à cette île de la Cachette, Kalypso, qui borne le monde au pied du Pilier occidental. Ces dix Bouches de VOdyssée, comme plus haut les sept Bouches du Nostos, ne sauraient être qu'un nombre rituel ou proverbial. Dans la mer sémitique, le poète assurément ne pouvait connaître que les sept Bouches dont les Sémites lui fournissaient le portulan. Mais, dans les mers achéennes, entre l'Ionie et le bout des mers farinières, sur le seul pourtour de l'Hellade et du Péloponnèse, il aurait pu nous décrire d'autres Bouches : telles, sur la route qui de Pylos avait amené en lonie les Néléides, ces Bouches de la Sapienza, célèbres parmi nos récits de voyage, — le détroit entre la côte messénienne du Sud-Ouest et les petites îles Oinoussai des Anciens, Sapienza des Modernes.

Nous savons comment, à la Méditerranée des Sg?^Iles, les Hellènes firent succéder la Méditerranée des Dix-Iles : je renvoie le lecteur au chapitre Rythmes et Nombres du premier volume (p. 461 et suiv.). Nous avons vu comment Hérodote substituait dans les mesures de la Libye le nombre dix des Hellènes au nombre sept des Sémites, et comment il substituait cinq jours de marche à

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