Cf. Mueller, Herod., éd. Didot, supplément, p
tout ce que nous apprennent les monuments. En tête de ses « Mystères d'Éleu^ sis* », M. P. Foucart établissait le parallélisme de cette première histoire grecque avec Thistoire d'Egypte, dont nous avons des documents certains :
Les auteurs grecs et les annalistes de l'époque des Plolémées font remonter à la plus haute antiquité les établissements des Égyptiens en Grèce. Ce qui a empêché les historiens modernes de tenir compte de ce témoignage, c'est la croyance que les Égyptiens avaient horreur de la mer, considérée par eux connue l'élément de Typhon, l'ennemi d'OsirisS et [nos historiens] en ont conclu que Iles Égyptiens] n'ont pas pu avoir sur les Grecs une influence directe, puisqu'ils n'osaient pas se risquer sur la Méditerranée. C'est une erreur enracinée qu'il est temps de faire disparaître. Les documents et les faits montrent de la manière la plus évidente que, dès les temps les plus anciens, les Pharaons eurent des vaisseaux sur la Méditerranée; des rapports entre l'Egypte et le monde grec ont pu exister, et ont existé en elTet, plusieurs siècles avant la guerre de Troie.
Le témoignage le plus ancien remonte à la 6* dynastie. Le roi Pépi I*''^ transporta par mer un corps de troupes qu'il débarqua en un point situé probablement entre El-Arich et Gaza. Un roman conservé au musée de Berlin, et qui est censé se passer sous la ii^ dynastie, mentionne des relations avec les peuples du nord, Hàinibou, ceux qui sont au delà y terme qui servit plus tard a désigner les Ioniens. Il est possible que le romancier ait cherché à vieillir la date de son récit; mais l'écriture du papyrus ne permet pas de la faire descendre plus bas que la 18' dynastie. A partir de cellt»-ci et du règne de Thoutmès III, le grand conquérant, il est certain que les Égyptiens ont été en rapport avec les populations de la mer Egée, et même qu'ils les ont soumises h leur domination. Une stèle trouvée dans le temple d'Ammonà Karnak, maintenant au musée du Caire, nous a conservé un poème composé pour célébrer les victoires de Thoutmès III '\ Le roi est représenté adorant le dieu, qui lui répond :
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser la terre d'Orient; la Phénicie et Cypre sont sous la terreur ; je leur fais voir Ta Majesté couverte de ta parure de guerre, quand tu saisis les armes sur le char.
a Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs ports, et les côtes de la Cilicie tremblent sous la terreur ; je leur fais voir Ta Majesté, etc.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les peuples qui résident dans leurs iles: ceux qui vivent au sein de la mer sont sous tes rugissements; je leur fais voir Ta Majesté, etc.
« Je suis venu, je t'accorde d'écraser les Libyens (Tahennou) ; les îles des Danaens sont au pouvoir de la volonté; je leur fois voir Ta Majesté, etc.
(( Je suis venu, je t'accorde d'écraser les contrées maritimes; tout le pourtour de la grande zone des eaux est lié a ton poing; je leur fais voir Ta Majesté, etc. »
D'autres monuments montrent que les Égyptiens soumirent les îles de la mer Egée sous Thoutmès III. Dans le tombeau de Rekhmar-i, préfet de Thèbes, une série de tableaux représentent l'apport des tributs par les nations vassales de l'empire. L'un d'eux est accompagné de la mention suivante : « Viennent et sont les bienvenus les Princes de Phénicie et des îles qui sont au milieu de la Très-Verte* ».
Il est probable que les îles de la mer Egée avaient été soumises par les Phéniciens et qu'elles passèrent, en même temps qu'eux, sous l'empire des Pharaons. Ceux-ci exer-
1. Mêm'ures df l'Académie des Insrript. el Belles-Letlrex, XXXV, p. 5 et suiv.
2. Chrereinon. cité par Porphyre, De abstin.y IV, 8. — Plularch.. De Uide et Ottir., ."2.
5. Ph. Virey, Sotice de» principaux monument» exposé» au musée de Giiek, n" 215. U' Caire, 1895. 4. Pli. Virev, Tombeau de liekhmara, dans les Mémoires de la iiiission du Caire, t. V.
Age et patrie du poème, 595
cèrent dans rArchipel une domination réelle; ils envoyaient des délégués, analogues aux missi dominici de Charleinagne, qui allaient en leur nom visiter les pays soumis, surveiller les princes vassaux et faire expédier le tribut. Nous connaissons l'un des envoyés de Thoutmès 111, nonuné Thoutii. Sur une patère d'or que possède le musée du Louvre, il est appelé « délégué du roi en tout pays étranger et dans les îles qui sont au milieu de la Très-Verte ». La domination égyptienne se maintint, pendant la 18*^ dynastie, sur les Phéniciens et, par suite, sur les îles de l'Archipel où les Phéniciens s'étaient établis. Les expéditions de Ranisès II étendirent encore l'empire des Pharaons dans le bassin de la Méditerranée. Sous Ramsès lll (20*^ dynastie), les peuples de la mer formèrent une coalition pour s'emparer de l'Egypte. Leur défaite est racontée dans la grande inscription de Médinel-Abou. Parmi les envahisseurs, figure une tribu appelée Achaious, qui paraissent bien être les mêmes que les Achéens; ils sont déjà nommés dans les monuments de Ramsès H et de Menephtah.
Les témoignages matériels sur ces rapports de l'Egypte et de la Grèce ne font même plus défaut. Des découvertes imprévues ont remis sous nos yeux la preuve des échanges qui avaient lieu entre les deux peuples. Je laisse de côté les nombreux objets sur lesquels les archéologues ne se sont pas encore mis d'accord, comme les statuettes de bronze trouvées à Mycènes, que les uns revendiquent pour la Phénicie et les autres pour l'Egypte.
Mais il n'y a pas de discussion pour le plafond de la tombe d'Orchomène, connue sous le nom de Trésor de Minyas et qui est certainement antérieure à la guerre de Troie. Dans les détails (les enroulements en spirale, les lacis, la fleur de lotus légèrement déformée, les rosettes, etc.) aussi bien que dans la disposition générale de ses ornements, la décoration jde ce plafond] offre la ressemblance la plus frappante avec la décoration de tombes égyptiennes de la 18^ et de la 19'' dynastie*. Si l'on ne peut affirmer qu'elle a été exécutée par des artistes égyptiens, on est certain du moins qu'elle a été faite sur un modèle égyptien.
D'autre part, on a j'emarqué que plusieurs des vases représentés dans le tombeau de nekhmara, comme apportés par les tributaires de la Phénicie et des îles de la Méditerranée, sont d»3 même forme et de même style que les poteries dites de la mer Egée et les vases mycéniens. M. Flinders Pétrie a découvert des poteries du même type h Kahun (12'* dynastie) et à Gurob (18^ dynastie). La botanique même fournit un rapprochement assez curieux. On a trouvé dans les tombeaux de Deir-el-Bahari des fleurs et des plantes desséchées qu'a étudiées Schweinfurth, le célèbre explorateur de l'Afrique. 11 y a signalé un certain lichen, ayant des propriélés médicales, qui n'a jamais poussé en Egypte et qui ne peut y pousser à cause des conditions de température, mais qu'on trouve en Crète et dans Jes îles de l'Archipel*. C'est donc de là qu'il a été apporté en Egypte. Encore aujourd'hui, ce lichen se vend dans les bazars du Caire, et c'est de Crète qu'on le fait venir, comme au temps de la 18'-* dynastie.
Les preuves décisives ont été fournies par les fouilles que la Société archéologique d'Athènes a poursuivies dans les tombeaux de Mycènes et qui se sont succédé dans ces dernières années. Il suffira d'énumérer ces preuves :
En 1887, scarabée portant le nom de la reine Tli, femme d'Aménophis IIP;
En 1888, plusieurs fragments de vases de fiiïence égyptienne; sur l'un d'eux, le bas du cartouche d'Aménophis*;