V. HKUARI). — II
En 1891, deux fragments d'une plaque en terre, avec le haut et le bas du cartouche d'Aménophis IIP.
Il faut faire un certain effort pour se persuader que peut-être, dès le temps de la Xl^ dynastie, certainement à partir de la XVIII', les peuples établis dans le bassin oriental de la Méditerranée furent unis par de fréquentes communications. Hais, lorsqu'une fois on s'est familiarisé avec l'idée d'un empire égyptien établi dans le bassin de la mer Egée et sur une partie des côtes, et ayant duré du xvii* au xviii« siècle avant notre ère, on est amené à chercher quelque trace de ce fait dans les parties légendaires de l'histoire grecque. Telle est, par exemple, la tradition des Danaîdes....
Tel encore est ce personnage de Minos, qui paraît si étrange à l'époque où Ton a placé son règne. La sage législation que les traditions lui attribuent et ses actions auxquelles Thucydide lui-même reconnaît une réalité historique, l'établissement d'un empire maritime et la répression de la piraterie *, n'ont rien qui réponde à l'état des tribus turbulentes et à demi barbares qui occupaient alors l'Hellade; elles accusent plutôt l'influence d'un peuple bien policé et voulant assurer la sécurité des mère. Les monuments égyptiens prouvent que, à cette époque, les îles de la Grande Mer étaient soumises plus ou moins directement aux Pharaons, qu'ils y envoyaient des délégués et qu'ils en recevaient les tributs. N'est-ce pas une hypothèse, sans preuve jusqu'ici, mais n'ayant rien de choquant, que Minos a été un prince vassal de l'Egypte?
Les dernières découvertes orientales et Cretoises ont clairement établi le synchronisme des histoires égyptienne et grecque à partir du xvi' siècle jusqu'aux X® ou IX* siècles av. J.-C.
Ce synchronisme commence avec Thoutmès III. C'est dans le dernier tiers du xv!*" siècle av. J.-C, vers 1530, que les historiens de l'Egypte' placent le règne de Thoutmès III, dont les conquêtes, débordant de toutes parts la vallée du Xil, installent la suzeraineté de Pharaon sur la Palestine, la Phénicie, la Syrie, la Cilicie et les îles de la Très- Verte*. A partir de Thoutmès III, du xvi*au xn* siècle, directement ou indirectement, par ses propres vaisseaux et fonctionnaires ou par l'intermédiaire et les flottes des villes phéniciennes, ses vassales, Pharaon intervient dans toutes les afiaires, politiques et commerciales, de la mer.Égée. Du xii^ au IX® siècle, la suprématie politique de l'Egypte s'amoindrit, puis disparaît; mais l'influence commerciale de la Phénicie se maintient: la Méditerranée levantine passe à l'obéissance d'autres thalassocrates; elle reste longtemps encore dans la clientèle de Tyr ou de Sidon. Il faut avoir présentes à l'esprit les grandes lignes de cette histoire primitive pour bien mesurer l'influence directe, impérieuse, prolongée, constante, que l'Egypte et la Phénicie purent exercer sur la civilisation grecque.
Le long règne de Thoutmès III (vers 1530) avait débuté, semble-t-il, par une
1. 'E»T,|x6pU àp/aioX.. 1891. p. 18 i»t pi. I.l. '1. Tliucyd.. 1, 4; Cf. HiTod., III, 122.
3. Cf. E. A. Wallis Budge, Books on Egypl and Chaldra, XII, p. 29 et suiv.
4. Cf. sur tout ce qui va suivre, G. Maspero, Uist, Ane, II, p. 210 et suiv.
régence de la reine Hailshopsitou. Nous connaissons les expéditions de celte reine vers le Pouanit, grâce au périple et aux peintures de Deir-el-Bahari. C/cst dans ces peintures de Deir-el-Bahari que nous avons trouvé le véritable modèle de nos vaisseaux odysséens : cette galère égyptienne est bien notre « vaisseau creux », à double château d'avant et d'arrière, tout différent de la galère pontée, du vaisseau à plusieurs étages, dont les Hellènes useront à l'époque classique, Durant les quatre ou cinq siècles qui suivent Thoutmès 111, cette galère égyptienne pourra subir quelques modifications de détail, dans le gréement, l'armement et les formes secondaires. Elle gardera toujours son caractère essentiel de « vaisseau creux ». Ce n'est qu'au ix*^ siècle, parmi les flottes assyriennes, que nous trouverons les premiers modèles de galères pontées, de « vaisseaux couverts» (voirie premier volume de cet ouvrage, p. 163 et suiv.). La Chronique de Par 08 wons dit que Danaos, vers 1520, aurait amené en Grèce le vaisseau à cinquante rames : le vaisseau phéacien d'Ulysse a cinquante-deux hommes d'équipage. La Chronique reporte au même temps l'introduction des chars : c'est aussi à partir de Thoutmès III que le char de guerre, — tel que les guerriers homériques le connaissent encore, — va régner sur tous les champs de bataille de l'Asie :
La vieille armée [égyptienne], celle qui avait conquis la Nubie pour les Papi ou les Ousertasen, n'avait connu jadis que trois variétés de [soldats]. L'année nouvelle s'élait adjoint, depuis l'invasion des Pasteurs, une troupe nouvelle : la charrerie.... Les chars étaient, à l'origine, de provenance étrangère. Mais les ouvriers égyptiens avaient appris bientôt à les fabriquer plus élégants, sinon plus solides, que leurs modèles. La légèreté en était la qualité maîtresse : chaque homme devait pouvoir emporter le sien sur SCS épaules, sans se fatiguer.... Les Asiatiques s'installaient trois sur un même char : les Égyptiens n'y montaient jamais que deux, le gendarme, sinni, qui combattait, et fécuyer, gazana, qui maniait le bouclier pendant l'action.... La charrerie était, comme chez nous la cavalerie, l'arme aristocratique où les princes de la famille royale s'engageaient, ainsi que les nobles et leurs enfants. On ne s'aventurait pas volontiers sur le dos même du cheval, et ce n'était guère qu'au milieu d'un combat, lorsque le char était brisé, que l'on se décidait ù enfourcher l'une des bétos pour se tirer de la mêlée '.
Est-ce de guerriers homériques ou de guerriers égyptiens que G. Maspero nous parle ainsi?
Par ses chars de guerre, Thoutmès III étendit son pouvoir sur le monde sémitique de l'Asie antérieure. Par ses vaisseaux creux ou par les flottes toutes semblables des Phéniciens, ses feudataires, il étendit sa suzeraineté sur la Très- Verte. Les grandes villes phéniciennes, Tyr, Berout, Gebal, îSidon, etc., existaient déjà*. Nous rencontrerons leurs noms dans les tablettes de Tell-el-Amarna. Si l'on voulait discuter la race de leurs habitants à cette époque, il suffirait des noms de leurs rois pour nous renseigner : Abd-Asrat règne h Amaourou; Abi-