‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 323 sur 343 · G. Maspero, /7w/. Ane, II, p. 111 et suiv · texte numérisé non relu

G. Maspero, /7w/. Ane, II, p. 111 et suiv

inelek iv^çne h Tyr, etc. Si ce no sont pas là des noms sémitiques, je ne sais pas où nous en Irouverons.

Durant un siècle et demi environ ( 1 57)0-1 iOO), la suprématie égyptienne so maintint sur terre et sur mer. Dans cet intervalle de cent cinquante ans, parmi les successeurs de Thoutmes III, ligure cet Amen-hetep ou Aménophis III, dont les lombes de Mycènes nous ont livré quelques cartouclies et dont la fameuse Tii fut l'épouse royale. Ce règne |«*end place vers 1 i50 et dure près de quarante ans*. Il compte parmi les plus prospères qu'ait vus FÉgyptc thébaine. La guerre y occupa fort peu de place. Aménopbis III entreprit seulement au Sud les razzias ordinaires contre les Nègres (ce sont nos Éthiopiens homériques du Levant). Les rares expéditions qu'il mena en Asie eurent pour effet, non d'ajouter des provinces nouvelles, mais d'empêcher les anciennes de remuer. L'Egypte prospéra sous ce régime pacifique. Elle n'était pas seulement le plus puissant des royaumes qu'il y eût au monde; elle en était le plus heureux et le plus riche. La capitale, Thèbes, retira naturellement le plus gros du profit. Ses rois, devenus maîtres du monde, y conservaient leur résidence ordinaire. Ils y venaient célébrer leurs triomphes; ils y expédiaient leurs prisonniers et leur butin.

Aménophis 111 aima, dès le début de son règne, une Égyptienne qui n'était pas du sang des Pharaons, Tii. Les Égyptiennes de rang inférieur, introduites dans le harem royal, demeuraient reléguées au dernier rang : Aménophis épousa Tii, lui donna pour domaine la ville de Zàlou et fit d'elle une reine, malgré la bassesse de son extraction. Elle s'occupa des affaires de l'Étal, prit le pas sur les princesses de la famille solaire, figura a coté de son mari dans les cérémonies et sur les monuments.... Son fils Aménophis IV succéda. Tii, accoutumée de longue date au maniement des affaires, exerça sur lui une influence plus forte encore : sans assumer officiellement le rang de régente, elle posséda la réalité du pouvoir.

Les civilisations Cretoise et mycénienne sont ou contemporaines de celte !*eine égyptienne ou postérieures. Car les fouilles de Mycènes nous avaient fourni un cartouche de cette reine Tii, et voici que les dernières fouilles Cretoises ont eu en 1903 le même résultat. Non loin de Phaistos, au lieu dit Hagia- Triada (ancien casai Santa Trinita des Vénitiens), dans les ruines d'un tombeau h coupole, parmi des objets d'or ayant fait partie d'un collier (dont deux petits lions accroupis, identiques à ceux de la tombe VI de Mycènes, formaient les fermoirs ou les pendants), M. llalbherr a trouvé un cartouche égyptien donl il a bien voulu me donner une empreinte (avril 1905). Ayant communiqué celle empreinte à mon collègue M. A. Moret, voici la réponse que j'en reçus :

L'empreinte donne le nom de la femme royale TU, aouton himil TiL Le nom est écrit I. Tout (0 (|iii va siiiviT i»st copii; (ni ivi»um(' do (i* Ma3poro. Hist. Ane, U. p. 296 et siiiv.

Age et patrie du poème. 597

très lisiblement, très coiTectement. On le retrouve, sous une forme identique, sur les nombreux scarabées gravés au nom de cette reine, qui était la femme d'Aménophis III, huitième roi de la 18® dynastie (vers 1450 av. J.-C.). Nous savons par un scarabée, gravé au moment du mariage d'Aménophis III, que Tîi n'était pas de lignée royale. Le roi, qui Ta épousée par amour, a prodigué son nom sur des scarabées que l'on a retrouvés en grand nombre (cf. Wiedemann, JSgypt. Gesch.y p. 590 et 595) et dont plusieurs sont au Louvre; deux sont reproduits par G. Maspero, Hist. Anc.y II, p. 298 et 515. lin autre de ces scarabées, trouvé à Mycènes, est reproduit dans VEphémèris Archaiologikè de 1887, pi. xiii, n°^ 21 et 21 a.

Trouvés à la fois en Crète et à Mycènes, dans les mômes monuments, avec les mêmes objets, ces cartouches de la reine Tii me semblent fournir une date certaine : les civilisations mycénienne et crétoise ne sont pas antérieures de mille ou quinze cents ans, comme on nous le disait, aux xv* ou xiv"" siècles av. J.-C; la Chronique de Paros a raison de les placer vers 1400.

Dans les mêmes fouilles, parmi les ruines d'un petit palais tout proche, au fond d'une cave servant de magasin, M. Halbherr découvrait en même temps dix-huit masses de cuivre ou de bronze, remarquables par leur poids et par leur forme. Rongées ou boursouflées par Thumidité, ces masses n'avaient pas toutes gardé le môme poids exactement; mais toutes approchaient du talent babylonien, et leur place même, ainsi que leur alignement soigneux au fond de cette cachette, montrait clairement que ces talents de bronze avaient été déposés en ce trésor, comme une réserve de richesse, une épargne, un capital (cf. la cachette du prêtre Maron dans VOdyssce; voir le tome II de cet ouvrage, p. 16 et suiv.). Quant à leur forme, ces masses présentent la silhouette d'un rectangle aux faces bombées, aux lignes incurvées et concaves. Grâce à cette découverte, nous pouvons comprendre aujourd'hui la signification de certains accessoires dans telle peinture égyptienne, qui nous représente les tributaires de Pharaon. Au tombeau de Rekhmara, un tributaire à la moustache rasée, à la barbe pointue (les Achéens homériques portent aussi la barbe et rasent la moustache), oflre d'une main un vase et, de l'autre, tient sur son épaule un objet rectangulaire, qu'à première vue on prendrait pour un coussin : c'est, en réalité, l'un de ces talents de bronze ou de quelque autre métal*. Les tablettes de Tell-el-Amarna font mention des talents de cuivre envoyés par les tributaires*. -Je croirais donc volontiers que le début de la période « minoennc », — la Chronique de Paros place les deux Minos entre lé xv*" et le xuf siècles, — correspond au règne d'Aménophis III ou à la régence de Tîi.

Aménophis IV et ses successeurs maintiennent d'abord, puis laissent s'énerver la suzeraineté égyptienne sur les pays asiatiques, sur la Phénicie et ses dépendances de la Très- Verte. Les tablettes de Tell-el-Amarna nous ont livré la correspondance diplomatique de ce Pharaon. Elles nous font exactement connaître

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