G. Maspero, Ilist. Anc^ H, p
000 LKS PIIÉMCIENS KT I/ODYSSÉE.
la Grande Kgyptc et du pouvoir pharaoniciuo : les prêtres de Tanis et de Tlièbes usurjïenl et partaf^eiil la royauté. I/empire égyptien sur FAsie n'est plus.
La doiniiiation do i'Kïçyptt» no s'évanouit pas sans laisser des traces profondes sur les ino'urs et la constitution [des Ktals'. Tandis que les nobles et les bourgeois de Tbèbes aftectaient d'adorer les Astartés ou les Haais et d'agrémenter leur langage écrit ou parlé de lerni.s empruntés aux langages sémitiques, les Syriens n'étaient pas demeurés en reste vis-à-vis de leurs vainqueurs. Ils en avaient étudié les arts majeurs, l'industrie, les cultes, et ils leur avaient emprunté au moins autant de choses qu'ils leur en avaient prêté. Le vieux fond babylonien de leur civilisation n'en subit pas de modifications ti'op sensibles; mais il se recouvrit comme d'un vernis [égyptien L La Pbénicie se montra plus que toute autre région disposée à le recevoir. Les marchands phéniciens, installés à demeure dans la plupart des grandes principautés du Nil, s'y imbuaient de coutumes et de religions locales, puis, de retour dans leur patrie après des années, ils y transportaient les habitudes étrangères et les propageaient autour d'eux. H leur fallait h même vaisselle qu'ils avaient eue là-bas, le même mobilier, les mêmes bijoux, et les dieux n'échappèrent pas à cette rage d*imitation....
ïhot l'ibis est, après Osiris, le plus considérable de ceux qui émigrèrent en [PIh'»nicie]. 11 conserva dans sa patrie nouvelle toute la puissance de sa voix et toute la subtilité de son esprit. Il y occupa le même poste de scribe et d'enchanteur.... On le considéra comme l'inventeur des lettres. De fait, [sa naturalisation] phénicienne coïncida avec l'une des révolutions les plus profondes de l'art d'écrire. Tyr, Sidon, Hyblos, Arad avaient pratiqué jusqu'alors le plus compliqué [des systèmes d'écriture. Comme la plupart des nations policées de l'Asie occidentale, elles avaient rédigé leur correspondance diplomatique ou commerciale en caractères cunéiformes, sur tablettes d'argile, et voici que nous les retrouvons brusquement en possession d'une notation brève et commode : [l'alphabet], en tout vingt-deux petits signes au lieu des centaines ou des milliers qu'on exigeait auparavant. L'inscription [alphabétique] de la coupe dédiée à Baal Liban remonte probablement au temps de Hirom l"*", soit au \^ siècle. Les raisons pour lesquelles Winckler place ce monument sous Hirom II n'ont point paru convaincantes jusqu'à présent. En plaçant l'introduction de l'alphabet entre Aménotliès IV au xv siècle et Hirom !*• au x<^, et en prenant le terme moyen, soit l'avènement de la XXI* dynastie, vers 1100, comme date possible de l'invention ou de l'adoption de cet alphabet, on ne doit pas se tromper beaucoup dans un sens ou dans l'autre*.
A mesure que la « paix égyptienne » disparait de la Très-Verte, les pirates pullulent et s'enhardissent. Les marines de T Archipel s'aflFranchissent de la suzeraineté égyptienne et du monopole phénicien. Les flottes de Tyr et de Sidon doivent peu k peu céder la Méditerranée orientale aux premières thalassocralies grecques. Les Phéniciens s'en vont (juérir des marchés plus rémunérateurs. Les Hellènes, avec leur camelote à bas prix, leur font dans les eaux levantines une insoutenable concurrence. Fabricants de coupes en or, les Phéniciens ont besoin d'une clientèle riche, de roitelets exploitant leurs peuples, de caciques ou de petits sultans vivant dans le luxe et l'apparat. Fabricants de poteries peintes, les Hellènes trouvent au Levant une clientèle démocratique à servir. C'est aloi^s,
i. (i. MasiMM-o, llist. Aiic, II, p. r>09-573.
AGK et patrie du poème. 601
pense G. Maspero, que les Phéniciens s'aventurent dans les régions de THespérie : « Je ne crois pas être trop hardi en supposant que les enfants perdus et peut-être les escales régulières de Tyr et de Sidon s'étaient déjà élancées dans rOcéan et que les cités du Liban avaient noué des relations avec les caciques de la Bétique aux débuts du \if siècle avant notre ère, vers le temps où la puissance thébaine achevait de s'évanouir*. »
C'est alors que se développe autour de l'Archipel cette première civilisation grecque, dont V Iliade et Y Odyssée nous fournissent la description. Les débuts de cette civilisation furent, sans aucun doute, antérieurs — et de beaucoup — aux poèmes homériques. Il est visible que V Odyssée du moins (V Iliade n'est pas l'objet de cette étude) décrit une société déjà fort ancienne, avec ses classes et castes bien établies, ses traditions lointaines, sa littérature perfectionnée, ses mœurs transmises et sa longue histoire. En plaçant — comme le veut la Chronique de Paros — la formation de cette société au début du xi^ siècle (émigration néléide en lonie), puis son développement et sa floraison épanouie au cours du \f et du x*' siècle, nous arrivons au début ou au milieu du ix% aux alentours de l'an 900 ou 850, pour l'âge de notre peinture homérique. C'est bien à peu près la date que nous fournissent encore Hérodote et la Chronique de Paros.
Après la date du poème, il en faut chercher la patrie. Mais si l'on admet la date proposée, les seules côtes d'Asie Mineure, l'Ionie et les colonies voisines, peuvent à cette époque avoir été le siège de cette civilisation. C'est à la Grèce d'Asie qu'il faut reporter l'apparition de notre poème. On est conduit à cette hypothèse tant par la tradition unanime des Anciens que par l'étude même du texte homérique. Je n'insisterai pas sur la tradition. Elle est présente à toutes les mémoires : sept villes asiatiques se disputaient la naissance du poète.
La langue du poème nous peut fournir un plus srtr argument.
La langue d'Homère n'est pas moins faite pour provoquer rétonneinenl. Depuis que des trouvailles faites un peu partout ont multiplié les spécimens des divers dialectes grecs, on n'a encore découvert nulle part le dialecte homérique. Participant tantôt de l'ionien, tantôt de l'éolien ou du cypriote et même de l'attique, il déroule le linguiste par l'inconstance de sa phonétique et par la bigarrure de ses formes grammaticales. Difl"êrents systèmes ont été proposés pour expliquer celle irrégularité. En dernier lieu, on a supposé que le rhapsode changeait de dialecte selon la population devant laquelle il produisait ses vers, et que, dans la rédaction finale, il est resté quelque chose de