G. Maspero, Hiat. Ane, H, p. 586 cl
002 LKS PHÉNICIENS ET L'ODYSSEE.
cette perpétuelle transposition. L'explication n>st pas sans vraisemblance. Mais il faut ajouter que l'habitude de la transposition devait tHre fort ancienne et qu'elle avait fait naître un langage mixte où les rhapsodes avaient permission de puiser les formes à leur convenance. On composait en ce dialecte môle qui était la langue de l'épopée. C'est ainsi que, pendant deux siècles, nos troubadours ont composé leurs poésies en un limousin, où se rencontrent des formes catalanes, provençales et italiennes*.
Ce « dialecte mêlé », cette « langue mixte de Tépopée » n'a pu naître et gagner Toreille du public que dans une région où les différents dialectes de THelIade, ionien, éolicn, etc., voisinaient et cousinaient. Avant de s'amalgamer en cette langue des poètes, il a fallu que, longtemps, quotidiennement, ces dialectes se mêlassent dans le parler même du peuple ou dans les conversations du port et de Tagora. Sur les côtes d'Asie Mineure, avec la proximité des villes et des tribus différentes, avec le mélange d'idiomes produit par le commerce maritime, cet amalgame de dialectes se comprend aisément. Mais nulle part ailleurs je ne vois une région grecque où cette langue mixte, triomphant des résistances particularistes, serait parvenue h se faire entendre et acc(^pter.
En quelques rencontres, il nous a semblé que le texte odysscen, ses expressions géographiques et certaines de ses orientations nous pouvaient donner un précieux indice.
L'Eubée, dans le poème, est située tout à l'extrémité de la mer; c'est, dit-on, la plus lointaine des îles :
.... TT,V TZtO TT.AOTàTd) ©àa"' EJJlJJLSVa'.'.
Ce ne peut être là qu'un langage d'Asiatiques, d'Anatoliens, pour qui l'Eubée est, en effet, la dernière, la plus lointaine pile du pont insulaire. Quand elles veulent passer des rivages ioniens ou éoliens aux ports de l'Hellade, les flottes anatoliennes cabotent d'ile en île, de Chios ou de Samos vers Amorgos. Naxos. Paros, Délos, Andros et Tinos, jusqu'à l'Eubée. ou bien elles « coupent j» tout droit à travers la pleine mer jusqu'à ces Bouches de l'Eubée, à ce détroit de Géraistos dont Nestor parle à Télémaque. Ce détroit eubéen devait être célèbre, lui aussi, dans le cycle des retours y avec son temple de Poséidon, où les marins venaient rendre grâce d'une si longue traversée :
TréXayo; [xéffov filç 'Euêoiav
T£|i.ve».v, oçpa Tay toTa \jTzky, xaxOTTjXa ç'jvoijjlsv.
è; Ss répaioTOV
Evv'jytat xaTayovTO" noa-siSàtovi ùi -raupcov. TcoXX' èîtl [Jiftp' eôsjJLSV, lîéXavo; [xéya [jLSTpT,a-avTe;^.