dij88., III
Age et patrie nr poème. aos
De même, nous avons vu que Syra était « au delà » d'Ortygie-Délos, vers le Couchant :
f/cst encore là une expression d'Asiatiques, d'Anatoliens, qui, dans leurs navigations vers le Couchant, rencontrent d'ahord Ortygie, puis, au delà, Syra. Pour les Hellènes de la Grèce propre, c'est Délos qui serait au delà de Syra, et c'est Chios ou Samos qui serait à rextréniité de la mer, la plus lointaine des îles. Quand, après la victoire de Salamine, les Grecs d'Asie viennent conseiller aux (îrecs d'Europe de traverser l'Archipel et de poursuivre les flottes du Grand Roi sur la côte asiatique, les Hellènes européens ne veulent s'avancer que jusqu'à Délos, ot TrpoTjvavov a'jTO'j; [xoyi; Y-^y^9^ A*/iXo'j : au delà, ces marins inexpérimentés n'imaginent qu'épouvantes, to yàp TvpOTWTipo) Tcâv oetvovriV Toïa-t, "EXXr,o"i„ et Samos leur semble le bout du monde, aussi lointaine que les Colonnes d'Hercule, ty,v os Sàjjiov STrtTreaTO oo$t[; xal 'HpaxAsa^ Sr/jXa;; ?tov àîréyeiv'.
Dans la pauvre et misérable Grèce d'Europe, que ravagent à cette époque les invasions doriennes, en cette sorte de Moyen Age violent et sans culture, que traînent à leur suite ces invasions, je ne vois pas où les poètes auraient trouvé leur place, ni les poèmes leur auditoire. Ces Dorions, qui apparaissent alors sous les traits d'Albanais féroces et ignares, ne ressemblent en rien aux gentilshommes, protecteurs des arts, que les poèmeshomériques nous révèlent :
On a appelé VOdyssée le poème des marins et Y Iliade celui des soldats. Je ne crois pas que l'expression soit juste, au moins ne convient-MIe pas pour expliquer Tor-ginede ces compositions. Avant de descendre dans les couches profondes, il a fallu que ces œuvres fussent d'abord acceptées et goûtées d'un auditoire assez différent. Le peuple est absent de ces vers, ou, s'il en est fait mention, c'est pour dire en un hémistiche « que les peuples périssaient », oXéxovxo oï Xaoï. L'auditoire auquel s'adressent ces longues tirades est avant tout un auditoire qui n'est pas pressé : il a le temps d'écouler, non seulement la généalogie des personnages, non seulement les discours des orateurs de la place publique ou du conseil, mais l'histoire d'un sceptre qui a passé de main en main, ou celle d'un casque qui a appartenu à plusieurs générations de héros. C'est un auditoire qui veut être amusé et distrait. Quel pouvait-il bien être?
Si nous voulons nous faire une idée de cet auditoire, la chose est facile, car nous en trouvons le portrait jusqu'à trois fois chez Homère. Le poète s'y arrête chaque fois avec complaisance, car la scène lui est bien connue, et c'est lui-même qu'il fait paraître sous les traits de Démodokos ou de Phémios. Il ne ménage pas les louanges à son public : à l'en croire, ce ne sont pas moins que des rois porte-sceptre qui l'écoutent. La sage reine Arètè, ou bien la vertueuse épouse du roi Alkinoos, ou bien encore la reine de Sparte, la divine Hélène elle-même préside l'assemblée. Car il n'y a pas de plus