‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 330 sur 343 · Michel Bréal, Revue de Paris, 15 février · texte numérisé non relu

Michel Bréal, Revue de Paris, 15 février

Age et patrie di: poème. gû5

munies d'une cour royale et de « megara », de palais (plus exactement encore : de grand'salles , de salons) féodaux, enrichies par la course et la caravane, civilisées par le traditionnel contact des thalassocraties ou des commerces phéniciens et égyptiens, j'imagine facilement que nos poèmes aient pu trouver l'auditoire cultivé, courtois, qui leur était nécessaire.

Entre les villes asiatiques, l'étude de la Télémakheia (voir le premier tome de cet ouvrage, p. 143 et suiv.) nous a conduits à faire quelque choix. Les cités ioniennes d'Asie Mineure avaient pris leurs familles royales, nous dit Hérodote, les unes parmi les Lyciens descendants de Glaukos. d'autres parmi les Kaukones pyliens, d'autres enfin parmi les uns et les autres •. llellanikos, traçant la généalogie de ces Kaukones pyliens, remontait à Salmoneus, à Nélée et k Nestor, dont le descendant Mélanthos était le fondateur des dynasties ioniennes. En comparant l'histoire traditionnelle de ce Mélanthos et les épisodes de la Télémakheia, nous sommes arrivés à de curieuses ressemblances : la Télémakheia nous est apparue comme l'œuvre d'un courtisan de ces royautés néléides.

C'est à l'une des cours néléides que je reporterais la patrie de notre poème odysséen. Prenez Milet ou Tune de ces villes ioniennes et vous expliquerez, je crois, le mélange de nostos grec et de périple ou poème sémitique qu'est V Odyssée.

Le genre littéraire du nostos devait être fort ancien. Rien n'empêche qu'en débarquant à la côte et aux îles asiatiques, les Ioniens aient eu déjà quelques germes, quelques modèles peut-être, de ces retours d'où VOdyssée devait sortir, comme ils avaient aussi quelques germes, quelques modèles des disputes et colères, d'où sortit V Iliade :

V Iliade, dit M. Maurice Croiset', unit les traditions achéennes d'Argos à celle de la Phthiotide thessalienne. Elle est donc comme la poésie naturelle de ces Achêens, qui se sont réunis pour fonder les colonies éoliennes d'Asie Mineure.... Kyniè, qui nous est représentée comme la patrie de Kréthéis, mère du poète, peut être considérée avec vraisemblance comme le premier foyer de poésie héroïque dans la Grèce d'Asie. C'est là sans doute que, dans l'âge immédiatement antérieur à V Iliade, les premiers chants épiques relatifs à la guerre de Troie, au roi de Mycènes, Agamemnon, au héros achéen Achille, se sont formés et répandus. C'est en ce pays éolien qu'Homère a été conçu... : le nom de sa mère fictive, Kréthéis, rappelle celui de Krétheus, un des fils d'Éole, l'un des ancêtres des tribus éoliennes. Kymè fut longtemps la position avancée de l'Éolide avant d'en être la capitale (Strab., XHI, 3, 2) : elle tint tête aux Pélasges de Larissa; elle bâtit contre eux la forte place de Néon Teichos (|ui fniit par les réduire. Au juilieu

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