‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 331 sur 343 · I. Héml · texte numérisé non relu

I. Héml

:2. Uint. UltéraL Cncrqur, I, p. 40(h

de ces populations gutM'rières, naquirent les chants rudes et belliqueux, qui fuient la source prochaine des grandes inspirations de Viliade,

Si les disputes et colères ont pu fournir à TÉolidc les germes de VIliadc, cV>l en lonic, je crois, que les retours devinrent une Odyssée. Les relations historiques entre Pylos et Tlonie nous expliqueraient l'exactitude des descriptions de la Télémakheia et la naissance des Ulyssëides.

Dans les villes ioniennes, parmi les émigrés pyliens, les souvenirs et la gloire de la mère patrie subsistaient. Des récits, des périples ou des retours, apportés d'outre-mer, fixaient, dans la mémoire des hommes et dans les œuvres des poètes, la topographie pylienne, les vues de Pylos et de ses alentours, son site, son mouillage et ses légendes. Aux auteurs de iwstoi, Pylos cl ses rois étaient une matière poétique, une donnée aussi familière que le seront plus tard Thèbes ou Mycènes et leurs familles royales aux auteurs de tragédies.

Cette gloire de Pylos entraînait avec elle la renommée des deux Bouches de rOccident : Bouches de Zante et Bouches d'Ithaque. C'étaient elles qui, jadis, conduisaient les marines pyliennes jusqu'aux extrémités de la mer a farinière ». C'était par les Bouches des Iles Pointues, que les Pyliens allaient jadis à la dernière porte du zophos. Au delà d'Ithaque, les Pyliens connaissaient déjà de réputation — peut-être — un rivage thesprote, puis une grande île, aux deux ports de laquelle on arrivait, après avoir longé l'embouchure d'un fleuve en cascade et reconnu la silhouette d'une montagne en demi-cercle. Au delà de cette île, ils avaient entendu raconter — peut-être — que les vaisseaux se changeaient en pierres, telle la Boche du Croiseur Noir. Aussi les Pyliens ne se lançaient pas encore vers ces parages redoutés. Le seul héros d'Ithaque, le Malin, en était jamais revenu.

Dans la tradition de Pylos, on comprend la place éminente que dut avoir ce Malin. Derniers Achéens au seuil de l'Océan mystérieux, les seules gens d'Ithaque pouvaient fournir aux Pyliens quelques renseignements sur ces épouvantes; seuls, ils osaient se risquer parmi ces monstres et ces dangers. Les périples pyliens devaient attribuer à Ithaque une juste prééminence sur toutes les îles du Couchant. Les chants et poèmes pyliens devaient accorder aux héros et héroïnes d'Ithaque, Ulysse, Laerte, Télémaque et Pénélope, etc., la première place auprès de leurs Nélée, Nestor, Pisislrate, etc. Les retours pyliens devenaient ainsi des llysséidcs. Quand notre poète entreprit son Odyssée, la tradition pylienne de Milet lui pouvait donc fournir tous les sites et personnages grecs, qu'il allait mettre enjeu. Beste le périple ou le poème phénicien, qu'il intégra dans les Ulysséides pyliennes.

Hérodote nous dit que Thaïes de Milet, le premier philosophe ionien, descendait d'une famille originairement phénicienne, BàXsw àvopo; MiÀrjO-ioy to

kyixixhz'^ vevo; èovxo; ^oivixo;, ce qui signifie que Thaïes appartenait, non pas k une famille émigrée directement de Phénicie en Asie Mineure, mais à Tune de ces familles kadméennes célèbres parmi les villes d'Asie. Le môme Hérodote, en effet, nous apprend que des Kadméens — c'est-à-dire des Phéniciens hellénisés déjà par un long séjour en Boétie — avaient pris part à l'émigration des Ioniens. Ces Kadméens se répartirent dans les villes néléides. Leurs descendants y semblent avoir tenu une place importante*. A Priène, que la présence de ces Kadméens fil appeler aussi Kadmé, un autre des Sept Sages, Bias, était pareillement issu d'une famille kadméenne. A Milet, ce fut un Kadmos qui, le premier, écrivit des livres d'histoire; sa Fondation de Milet passait pour le premier livre en prose des Grecs. Diogène Laerce nous dit avoir copié dans Hérodote, Douris et Démocrite que le père de Thaïes, un certain Examias ou Examyoulos, appartenait au genos des Thèlides, « qui sont les Phéniciens les plus nobles parmi les descendants de Kadmos et d'Agénor », oï elii <ï>otvi.x£; £'jygv£<rTaToi twv àîio KàôjjLoy xal 'AyTivofo; *. Quelques auteurs racontaient pourtant que, né hors de Milet, Thaïes y était venu avec un exilé de Phénicie, Neileus, ct'jv NeOiw sxTO^TovTt <ï>oiv'lxr,;. Thaïes n'avait pas eu de maître; mais il avait, dit-on, vécu en Egypte parmi les prêtres'.

On a voulu parfois retrouver un vocable sémitique sous la transcription grecque Examias, Examyas ou Examyoulos, que les Anciens nous transmettent pour le nom du père de Thaïes*. Je crois inutile de recourir à cette hypothèse. H me suffit que ces Kadméens aient conservé le souvenir de leur origine phénicienne : entre la Phénicie et leurs nouvelles patries ioniennes, ils ont pu jouer le môme rôle que les Néléides entre ces mômes villes et Pylos.

Grand bazar de TAnatolie, où venaient converger toutes les routes de terre et de mer, Milet vit certainement les vaisseaux levantins accourir dans son port et les marchands ciliciens, phéniciens, égyptiens, etc., installer chez elle des comptoirs ou môme un quartier — on disait alors :' un « camp » — étranger. Comme la Memphis d'Hérodote, Milet eut alors son Camp des Sidoniens ou des Tyriens. Ces Phéniciens, qui ne régnaient plus en maîtres absolus sur la mer ni sur le commerce, conservaient pourtant une grande part des échanges. Hs habitaient à demeure dans ce Camp de Milet, autour de quelque sanctuaire national, TreptoixéouTi Se to têjjlsvo^ toûto ^o'ivixs; Tuptoi* xaXéeTai os 6 'y^wpo; O'JTO^ 0 TuvaTtaç Tuptwv STpaTOTieSov*. Ils y conservaient leurs mœurs et leurs cultes, usaient entre eux de la langue maternelle, lisaient ou chantaient

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