G. Maspero, Hist. Ane, II. p
nations.... Les ennemis dévastent nos ports. Ils pénètrent dans les champs de l'Egypte. Y a-t-il un bras de fleuve, ils y font halte et demeurent des jours et des mois.... Ils arrivent nombreux comme des reptiles, sans qu'on puisse les rebrousser en arrière, ces misérables qui aiment la mort et qui détestent la vie et dont le cœur voudrait consommer notre ruine.... » Minephtah semble avoir connu les discours de nos pirates achéens : « J'avais, dit notre Cretois, épouse; une femme de riche famille à cause de mon courage. Car je n'ai jamais fui la bataille. Ares et Athèna m'ont donné Taudace et Thumeur batailleuse. Quand j'avais à enrôler une bonne bande pour une embuscade ou pour un coup de main, jamais mon cœur bouillant ne faisait cas de la mort; mais, le tout premier, je courais lance en main sur l'ennemi. D'ailleurs, je n'avais aucun goût pour le travail, pour le train-train du ménage qui fait peut-être de beaux enfants. Parlez-moi de bons vaisseaux, de batailles, de javelots bien lisses, de flèches, de toutes les horreurs qui donnent le frisson aux autres hommes »,
Dans la bouche d'un Hellène, ce n'est pas là une rodomontade. Au fond, tous les Hellènes sont d'avis que la mort en pleine jeunesse, en pleine activité et, surtout, en pleine gloire, est cent fois préférable à l'obscurité, aux maladies, aux infirmités et à l'interminable ennui d'une morne vieillesse. Si la mort est un mal, il en est de plus grands et, dans le calcul de bonheur que doit faire ici-bas tout homme raisonnable, THellène sait que la mort est préférable à la décrépitude. Mais cette idée est hellénique et TÉgyptien, sujet de Minephtah, ne Ta jamais eue. Toujours préoccupé de la mort et du mystérieux au-delà, toujours occupé de sa toml)e, de son cercueil et de son futur voyage vers les mystères du Couchant, l'Égyptien pense que tout est préférable aux angoisses de ce terrible départ. Toujours reculer l'échéance fatale; s'ingénier contre les pièges du destin et les risques de la vie; tacher de parvenir jusqu'à cet âge de cent dix ans, que nul mortel, hélas! né de mère mortelle, ne peut dépasser, mais que l'homme sage s'efforce d'atteindre* : tel est le rôve avoué, l'ambition de tout Égyptien sain d'esprit. Les contes des Pharaons vantent ce Didi, qui demeure à Didousnofroui. C'est un homme de cent dix ans qui mange encore ses cinq cents miches de pain, avec une cuisse de bœuf entière, et qui boit encore jusqu'à ce jour ses cent cruches de bière. H est étendu sur un banc à la porte de sa maison : un esclave à la tête l'éventé, un autre aux pieds le chatouille légèrement, et le fils de Pharaon vient le voir pour lui dire : « Ta condition est celle de quiconque vit dans la belle vieillesse : vieillir, parvenir au port, être mis au maillot de bandelettes, puis enfin retourner à la terre, étendu au soleil comme tu l'es, sans infirmités du corps, sans affaiblissement de l'esprit et de la raison, ah! c'est vraiment d'un bienheureux*! » On comprend que
i. G. Maspero, Hist. Ane, I, p. 21 i.