G. Maspero, Contes populaires de l Egypte, p
Minephtah, à la rencontre des Achéens, n'ait eu que du mépris pour ces fous, pour « CCS misérables qui aiment la mort et détestent la vie ».
Minephtah continue son discours : « Les voilà qui arrivent avec leur chef. Ils passent leur temps sur la terre à combattre, pour rassasier leur panse chaque jour, et c'est pourquoi ils viennent au pays d'Egypte chercher leur subsistance. Leur intention est de s'y installer. La mienne est de les prendre comme des poissons sur leur ventre.... Leur chef est tout le portrait d'un chien (V Odyssée dirait x'jvwirr,;), un homme ignoble, un fou. Il ne se rassiéra pas en sa place'. » Malgré ce beau mépris pour leur chef, Minephtah hésite à marcher en personne contre ces bêtes fauves qui ne craignent ni les coups ni la mort. C'est que ces bandes de Shardanes, de Toursha, de Sagalasha, de Lyciens et d'Achéens représentent « le premier choix de tous les soldats et de tous les héros dans chaque pays ». C'est exactement encore ce que nous dit le corsaire de VOdyssée : « Je savais toujours choisir des guerriers d'élite pour mes coups de main* »,
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Il est pourtant difficile à Minephtah de s'abstenir. Son absence loin du champ de bataille pourrait être mal interprétée et démoraliser ses troupes. Le dieu Phtah ou ses prêtres se chargent de tout arranger. Le dieu apparaît au roi pour lui défendre de marcher en personne contre l'ennemi; il lui ordonne de n'envoyer que ses archers et ses chariots : « Les archers de Sa Majesté firent rage six heures durant parmi les Barbares que l'on passa au tranchant du glaive. Alors leur chef eut peur. Son cœur défaillit. Il se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes pour sauver sa vie. » Il échappe, mais son arc, ses flèches, son trésor, ses armures, sa femme et son butin tombent entre les mains de Pharaon. Nos corsaires crétois ont subi la même défaite : « Toute la plaine se remplit de fantassins et de chevaux resplendissants de bronze; les Égyptiens tuent un grand nombre de nos compagnons, à la pointe du bronze, ou les emmènent vivants pour les faire travailler de force » ,
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C'est le sort des corsaires de tous les temps, quand ils tombent aux mains des indigènes. Thévenot, enlevé par un corsaire français, est retenu à bord de ce pirate où l'eau et les provisions manquent. Quand on arrive devant le Delta, le capitaine, sachant que Thévenot est Français et officier du roi, se trouve embarrassé de sa prise. Il déposerait volontiers son prisonnier sur la côte du Delta : « Mais nous n'avions garde d'accepter ce parti, dit Thévenot, de crainte d'être pris pour corsaires et tout aussitôt brûlés tout vifs. J'avois trop
i. Chabfls, Études sur VAni.^ p. 195; G. Maspcro, //i«/. Ane, H. p. 435. 2. Odyss., XIV, 217-218.
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récentes en ma mémoire les histoires que j'avois ouïes raconter crautres Francs (|ui, s'estant sauvés des naufrages, avoienl été dans ces peines, en estant quittes à bon marché d'estre esclaves*. » La fureur populaire n'est que trop excusable. Le peuple de celte côte, si durement exploitée par les corsaires, trouverait (pielque douceur à saigner tous ceux qui lui tombent sous la main. Le chevalier d'Arvieux est obligé de (luitter Damiette en toute hâte :
Comme nous étions habillés à la françoise, il étoit aisé de nous connoître. Notre présence réveilla Taniniosité des Grecs et des Turcs. Quelques-uns, qui avoient élé pris et pillés par les eoi-saires chrétiens, se mirent en tête que nous en estions nous-mêmes ou que nous leur servions d'espions. Sur ce préjugé, je remarquai, un jour que nous nous promenions dans la ville, que ces gens s'amassoient par pelotons et qu'ils parloient en nous regardant attentivement. Des Turcs et des Grecs, ne se défiant point que je les entendisse parce qu'ils voyoient un interprète avec moi et qu'ils parloient turc, disoient qu'il falloit s'assurer de nous et nous piller pour se venger du mal que les corsaires francs leur avoient fait. Ils convinrent que le lendemain matin, au lever du soleil, ils exécuteroient leur dessein. Je rejoignis ma compagnie et nous ne délib*»ràmes pas beaucoup. J'allai trouver l'Aga, et je lui demandai un passeport qu'il m'accorda, pendant que mes deux compagnons allèrent promptement plier bagages.... Nous nous embarquâmes et nous fîmes tirer au large*.
La foule voudrait de même massacrer nos corsaires crétois, car elle est fort irritée :
UjjLEVOt XTeïvaf 07; yàp xeyoXcoaTO Xir,v'.
Mais l'aga ou le roi sauve le capitaine crétois qui s'est jeté h ses genoux. Il le prend dans son char. Il lui donne la vie et môme la liberté. L'histoire de rÉgypte ancienne montre encore la vérité de ce détail. Les Pharaons cherchent à installer, sur leur domaine, des colonies de pirates et de soldats étrangers. C'est chez eux politique constante. Après chaque grande défaite des Libyens ou des Peuples de la mer, le Pharaon épargne les survivants, les embrigade et les distribue dans ses postes militaires le long de la vallée. Ces prisonniers deviennent les meilleurs soldats du roi. Casernes à Thèbes et dans les provinces, ils épousent des Égyptiennes et se mêlent à la population. Dès le pi'cmier Empire Thébain, sous la xn"* dynastie, on connaît de pareils arrivages de prisonniers égéens au Fayoum et dans les villages du Saïd*. Une fois installés, ces bandits devenaient d'honnêtes gens et même de grands personnages. Ils parvenaient aux honneurs et à la richesse. Sous la w!" dynastie, Thèbes est peuplée d'officiers et de fonctionnaires étrangers : la moitié des dignitaires est faite de Syriens ou de Berbères d'acclimatation récente. Certains de leurs noms parlent