G. llasi)ei'o, les Contes Populaires, p
de cadeaux au moment du départ. M. Golenischefl* a rappelé à ce propos les voyages de Sindbad le marin et le rapprochement s'impose.... Je ne voudrais pas cependant conclure de cette analogie que nous avons ici [comme une première] version égyptienne du conte de Sindbad. Dans la bouche de [tous les] matelots, les récits merveilleux présentent nécessairement des traits communs : l'orage, le naufragé qui survit seul à tout un équipage, l'île habitée par des monstres parlants, etc. Le bourgeois du Caire, qui écrivit les Sept voyages de Sindbad, n'avait pas besoin d'emprunter les données à un conte antérieur : il n'avait qu'à lire les auteurs [contemporains] les plus graves ou qu'à écouter les matelots et marchands revenus de loin*.
Cette dernière remarque est de toute justesse, et l'on ne manquera pas de la tourner contre nous. Il est certain que tous les contes de marins se ressemblent en quelques points, et il ne s'ensuit nullement qu'il faille tous les reporter à une source unique. Mais s'ensuit-il pareillement qu'il faille aussi leur reconnaître à tous la même originalité? Nous voyons bien que certains de ces contes ont sûrement passé d'un bateau à un autre, d'une flotte à ses émules et môme à ses adversaires, et que la France emprunta Robinson Crusoé à ses ennemis, les Anglais. Il est donc impossible de méconnaître que, parmi les contes populaires et les légendes transmises, il y a des copies à côté d'originaux. Il serait aussi illégitime de nier que d'affirmer une filiation entre les contes pharaoniques et notre conte odysséen. L'une et l'autre de ces hypothèses sont également gratuites et vraisemblables. Prenons garde néanmoins : parmi les ressemblances que nous venons de constater, il est certaines similitudes par trop singulières. Elles doivent fournir, je crois, une présomption en faveur de la seconde hypothèse. Car les seuls Égyptiens avaient pu imaginer tel ou tel détail, la chevelure de khesbet par exemple. La seule vie égyptienne présentait telles et telles autres particularités que la vie grecque ne semble avoir jamais connues et qui se retrouvent pourtant dans notre conte odysséen. Et il faut regarder de plus près encore. Ce n'est pas seulement dans le fond et la matière même du récit que les ressemblances peuvent apparaître. Je crois que le texte même du poète contient des mots et des formules empruntés, qui prouvent à peu près indubitablement la provenance égyptienne de ce conte homérique. De ces mots et de ces formules, voici, je crois, quelques exemples.
L — Il semble bien d'abord que le nom même de Proteus est la transcription de l'égyptien Prouti. Ce Pharaon odysséen règne sur les phoques, comme les Pharaons des fables et des caricatures égyptiennes régnent sur les rats, les lions pu les chats :
De même que chez nous Granville illustrait la Fontaine, en Egypte le caricaturiste