G Maspero, les Contes Populaires, XCI-XCUL
LES COiNTES ÉGYPTIENS. 59
apportait Taide de son calame au fabuliste. Où Tun avait montré en trois mots comment le chacal et le chat avaient eu Thabileté d'imposer leurs services aux animaux qu'ils voulaient dévorer à l'aise, l'autre montrait le chacal et le chat dans l'attirail du paysan, le bissac au dos et le bâton sur l'épaule, menant paître une horde de gazelles ou une bande de belles oies grasses.... Le bœuf amène au tribunal de l'une un chat qui l'a dupé.... Un lion et une gazelle jouent aux échecs.... Les dessinateurs avaient poussé aussi loin que possible dans la satire. La royauté elle-même n'avait pas échappé à leurs atteintes. Tandis que les littérateurs se moquaient des soldats en vers et en prose, les caricaturistes parodiaient les combats et les scènes triomphales. Le Pharaon de tous les rats, juché sur un char traîné par des chiens, charge à fond une armée de chats. Il les crible de ses traits, dans l'attitude héroïque d'un conquérant et, devant lui, ses légions attaquent un fort défendu par des matous, du môme entrain dont les bataillons égyptiens montaient à l'assaut des citadelles syriennes *.
Notre Pharaon des Phoques a gardé l'aspect humain des Pharaons réels et leur perruque de lapis-iazuli. Il habite une île que l'on nomme Pharos :
AtyuTrrow itpOTwàpoiOe, 4>àpov Se é xixXYi<xxou(nv.
Ce nom de Pharos ne veut rien dire en grec. Il rentre dans la catégorie des noms insulaires que nous avons étudiés à travers les mers helléniques, Paros, Samos, Rhodos, Naxos, Paxos, etc. Ces noms, qui ne présentent aucun sens en grec, ont, pour la plupart, une origine étrangère : les doublets gréco-sémitiques nous ont donné la véritable signification de Paxosy de Kasos, de Thasos, (TAmorgoSf etc. Pour Pharos nous n'avons aucun doublet. Mais peut-être le seul rapprochement des deux mots Proteus et Pharos nous est-il un indice suffisant. Dans les dynasties chimériques d'Hérodote, nous retrouvons un pareil rapprochement entre Proteus et Pheron, celui-ci étant le prédécesseur de celui-là. G. Maspero nous disait que si Proteus semble l'adaptation grecque du titre égyptien prouti, c'est un autre titre égyptien piroui-aoui, pirouiy qui a donné pheron, Pheron n'est que la forme grecque de pharaon^ comme nous disons d'après la transcription hébraïque nsTiT, pherao. Il faut noter que, plus exactement rendue, cette transcription hébraïque donnerait en grec (en vertu des équivalences S = 9, i =^ p, jy = 0, w, n = e) Phero'a ou Pharo'a, qui serait beaucoup plus voisin du piroui original. C'est je crois de ce Phero'a ou Pharo'a que les Hellènes ont tiré d'une part le nom d'homme Pheron (qui ressemble par sa terminaison à une multitude de noms d'hommes), et d'autre part le nom d'Ile Pharos (qui de même ressemble par la terminaison aux noms insulaires). L'ile de Proteus, de Prouti, est en même temps l'Ile de Pharos, de Pharo'a : c'était en réalité Vile du Pharaon^ semblable à ces lie du RoU Pointe du Sultan, Cap de V Empereur, etc., que possèdent toutes les onomastiques. Sur le chemin du Sinaï, « sont dans une grotte des eaux chaudes, que les Arabes appellent
i. G. Maspero, Hist. Atic, II, p. 499-501.
Haman-el-Pharaon, c'est-à-dire Bains de Pharaon* »; sur le chemin de la Libye, les Peuples de la mer avaient jadis leur île de Pharaon ou de Prouti.
II. — Le rythme septénaire régit notre conte odysséen. Ce rythme régit aussi les mesures que nous donnent les plus vieux géographes helléniques sur cette côte égyptienne. Le Nil devait avoir sept bouches : Hérodote corrigera et dira a les cinq bouches du Nil ». L'Egypte devait avoir eu sept cents myriades d'habitants. Le Delta devait s'être avancé dans la mer de sept journées de navigation. Septante myriades de pèlerins fréquentaient les fêles de Bubaste. Aigyplos avait eu sept fils d'une Phénicienne. Bousiris avait été amoureux des sept Ilespérides'. On trouverait bien d'autres exemples encore. Le même rythme régit les contes de magie égyptienne que nous ont rapportés les Hébreux. Dans la Genèse, Pharaon voit en songe sept vaches maigres et sept vaches grasses, sept épis pleins et sept épis vides. Il appelle ses devins et ses sages. Mais le seul Joseph peut prédire les sept années de fertilité et les sept années de sécheresse. Dans VExode, Moïse, sauvé par la fille du Pharaon, est l'homme à la baguette, le magicien qui change les bâtons en serpents, qui déchaîne et enchaîne les pestes et calamités, et qui rivalise de sorcellerie avec les lecteurs et les sages de Pharaon. Il commence son exil chez les sept filles de lothor, où le Seigneur lui promet la terre des sept peuples. Il commence ses magies par les sept jours du fleuve changé en sang. Il commence sa marche par les quatorze jours de la Pâques et les sept jours des azymes, du premier au quatorze du mois, et du quatorze au vingt et un. Puis, avec sa baguette, il ouvre la mer et passe à pied sec, comme les Noferkephtah ou les Snofroui des contes égyptiens ouvrent le Nil ou les pièces d'eau et marchent à sec dans le fond mis au jour'. Moïse arrive ensuite aux septante Palmiers, où la manne tombe six jours pour s'arrêter le septième. Puis il choisit les septante vieillards, monte sur le Sinaï et le Seigneur l'appelle le septième jour.
Dans ces deux contes hébraïques, où Pharaon paraît, la sorcellerie triomphe : le Pharaon de la Bible est toujours entouré de ses sages et magiciens, comme dans les contes du papyrus. Or ces contes du papyrus sont eux-mêmes régis par le rythme septénaire. En voici quelques exemples : « J'enchanterai mon cœur pour le déposer sur le sommet de la fleur de l'acacia, et, si on coupe l'acacia, si mon cœur tombe à terre, tu viendras le chercher. Quand tu passerais sept années à le chercher, ne te rebute pas. » — « Les dieux dirent : a Fabriquons a une femme à Bitiou afin qu'il ne reste pas seul. » Knoumou lui fit une compagne qui était parfaite en tous ses membres, car tous les dieux étaient en elle, et les sept Ilathors vinrent dire.... » — « La femme d'Onabouanir envoya son majordome à sa maison de campagne pour préparer la villa qui est au bord du lac.