Thévenot, II, cliap. XXV
2. Diod. Sic, I, 51 : IV, 27. Ilcrod., II, 4 et 60. Apollod.. Il, 18; Y. 11. 5. Cf. G. Maspero, les Contes Populaires, p. 07 et 179-181,
La villa fut munie de toutes les bonnes choses. La femme vint et se divertit avec son amant. Mais le majordome jeta dans la pièce d'eau le crocodile de cire [enchanté], qui se changea en un crocodile de sept coudées et saisit Famant et l'emporta sous Teau. Quand même on ne vint pas durant sept jours, l'amant ne cessa pas de respirer.... ». — « Après son accouchement, Rouditdidit, qui avait mis au monde trois fils, se purifia d'une purification de quatorze jours (toute femme, dit le Lévitique (xn, 2-3), qui enfantera un fils sera impure durant sept jours; toute femme qui enfantera une fille, sera impure durant quatorze). » — « Zazamonkh récita son grimoire, enleva tout un côté de la pièce d'eau, le mit sur l'autre, et prit le poisson au fond sur une coquille : or Teau était profonde de douze coudées et large de quatorze. » — a Pharaon le fit revêtir d'étoffes l'espace de trente-cinq jours (7x5), ensevelir l'espace de septante (7x10), puis on le fit déposer dans la tombe. » — « Le prince de Naharaina, n'ayant qu'une fille, lui fit construire une maison de septante fenêtres, éloignées du sol de septante coudées, et il dit à tous les fils de prince du Kharou : « Celui qui atteindra la fenêtre de ma fille l'aura pour femme ». [Mais seul un prince égyptien put atteindre la fenêtre]. Alors les sept princes du Kharou se mirent en campagne pour le tuer*. »
IIL — Nouvelle ressemblance : le conte odysséen, comme les contes égyptiens, renferme des vocables sémitiques.
A Thèbes d'Egypte, dit G. Maspero, après les grandes conquêtes (à l'époque même de nos contes), la vie intellectuelle, comme la vie matérielle, s'était modifiée. On ne s'éloignait pas beaucoup de la direction donnée par les savants et les écrivains de l'âge memphite. Mais la littérature devenait plus variée, plus exigeante. On avait les classiques qu'on apprenait par cœur dans les écoles, — belles œuvres que les uns croyaient comprendre et goûter, que les autres ne comprenaient plus. Parmi les modernes, quelquesuns imitaient ces classiques en conscience et s'ingéniaient à exprimer des idées récentes avec les formules consacrées. Mais d'autres s'efforçaient de créer une langue nouvelle et des tournures neuves pour rendre leurs nouvelles conceptions. Faute d'imagination créatrice, faute de verve soutenue, ils trouvaient des aides cliez le voisin. Les relations commerciales, diplomatiques et militaires avaient forcé les scribes à étudier quelque peu les langues et littératures de la Phénicie et de la Chaldée. Pour la correspondance officielle avec les roitelets tributaires, il avait fallu créer des bureaux de traduction et de copie. Les roitelets de Syrie. — nous en pouvons juger par les découvertes de Tell-el-Amarna, - conliimaient malgré la conquête égyptienne à employer les caractères cunéiformes et les tablettes d'argile séchée. Il avait donc fallu créer des bureaux de déchiffrement pour l'écriture cunéiforme, et des drogmans de syrien et de chaldéen. 11 fallait dresser ces drogmans; on s'était procuré des dictionnaires et des syllabaires étrangers, et quelque collection de textes faciles où les débutants se familiarisaient sans peine avec la forme des signes, le sens des mots et la construction des phrases. Ajoutez l'influence directe des étrangers, domiciliés ou de passage en Égvpte. Les gens de Thèbes leur empruntèrent des cultes, des légendes, des
1. G. Maspero, les Contes Populaires, p. 10, 20, Gl, 07, 82, 189, 232, 241.
divinités, des receltes médicales et magiques. Les scribes à cervelle indigente s'approvisionnèrent de mots, de formules, pour embellir et « distinguer » leur style. Us trouvèrent « plus distingué » de ne plus appeler une porte rd, mais iira, de ne plus s'accompagner sur le bonlt (liarpe), mais sur le kinnor, de faire le salam en saluant le souverain au lieu de crier los, aaou. Ils sémitisèrent à tort et à travers, et personne ne s'en pouvait étonner : la présence des marchands dans les rues, des esclaves et des prisonniers ou des femmes et concubines cbananéennes dans les familles, familiarisait dès l'enfance toute la bourgeoisie et l'aristocratie égyptiennes avec les mots et les métaphores de l'étranger*.
]N*oublioiis pas cet exemple de TÉgyple et de ses littérateurs, quand chez les aèdes et dans les textes homériques nous trouvons des expressions, des formules, des idées, etc., empruntées aux Sémites. Nous voyons aujourd'hui la mode anglaise pénétrer non seulement dans nos mœurs, mais dans notre langue et notre littérature. Il fut un temps où la mode phénicienne pénétrait pareillement dans toutes les langues et littératures de la Méditerranée. Deux mots de notre conte odysséen sont assurément d'origine sémitique. Nous avons eu déjà Toccasion de les étudier tous deux*. Le nom grec de l'or khrousos, /fjo-o;, n'est que la transcription du sémitique khrous^ yin. Le nom du phoque, «ptbxr,, n'est aussi que la transcription de npis, phok'a. Ce mol phokè ne se rencontre qu'en deux épisodes de VOdyssée, jamais dans ïlliade. Nous l'avons ici dans notre conte magique. Il est ailleurs dans l'histoire de la belle Phénicienne : à bord du vaisseau phénicien qui l'emmène, celle nourrice d'Eumée se tue le septième jour; on la jette par-dessus bord, en proie aux poissons et aux phoques.
Les mers sémitiques connurent des îles fréquentées par les phoques. Dans la mer Rouge, à l'extrémité de la péninsule sinaïtique, une Ile des Phoques était ainsi nommée à cause de la multitude des bétes que l'on y rencontrait. A l'autre bout de la mer Rouge, une autre Ile des Phoques bordait la cote des Ichthyophages, à côté de l'Ile des Éperviers et de l'Ile des Tortues. Sur ce rivage, les hommes et les phoques vivaient dans la plus touchante harmonie : « Il semble qu'un pacte de paix éternelle a été signé entre eux. Jamais les hommes ne cherchent à ennuyer les phoques, qui, de leur coté, ne font jamais de mal aux hommes. Chacune des deux races respecte les territoires de chasse de l'autre. Ils vivent en une fraternité que Ton rencontre bien rarement entre humanités voisines'.» Ces phoques merveilleux nous sont connus par les géographes de l'époque hellénistique. Mais de pareils contes devaient se transmettre depuis des générations. Les premiers marins qui vinrent en ces parages les avaient entendus déjà. Cette Ile des Phoques est sur la route que suivaient les flottilles des Pharaons pour atteindre la célèbre terre du Pouanil. Avec celte terre de l'encens et de l'or, les rois de Thèbes nous disent qu'ils avaient renoué les rela-