G. Maspero, les Contes Populaires, p
trer en Egypte, il lui dépeint le bonheur qui Ty attend : « Tu seras maître parmi les Amis royaux! El de jour en jour lu vieilliras. Voici que tu perds la puissance virile. Et voici que tu as songé au jour de rensevelissemenl. El te voilà arrivé à Tétai de béatitude. On l'a donné les bandelettes. On a suivi ton convoi au jour de renterremenl, gaine dorée, tôle à perruque bleue, baldaquin en bois de cyprès, attelage de bœufs, chanteurs et danseurs par devant, pleureurs à rentrée de la syringe; on fait pour loi les liturgies réglementaires; on lue des victimes pour loi sur la table d'offrandes; les stèles en pierre blanche sont dressées dans le cercle des Enfants royaux. Tu n'as point de second. Aucun homme du peuple n'arrive jusqu'à la hauteur. Tu n'es pas mis dans une peau de moulon quand on l'ensevelit. Tout le monde frappe la lerre et se lamente tandis que lu vas à la lombe. »
Sinouhil ne peul résister à la descriplion d'une pareille félicité. Il accourt et Pharaon tient sa promesse : logement royal, kiosque, mandats sur le trésor, argent, étoffes, parfums, vêtements de luxe, maison neuve, fruits du jardin royal, l'heureux Sinouhil n'a plus rien à désirer : « Je me parai de lin lin. Je m'inondai d'essences. Je couchai sur un lit. On me fonda une pyramide en pierre au milieu des pyramides funéraires. Le chef des arpenteurs de Sa Majesté en choisit le terrain. Le chef des dessinateurs fit le plan. Le chef des tailleurs de pierre la sculpta. Le chef des entrepreneurs funéraires parcourut le royaume pour chercher les matériaux. Quand on eut agencé la pyramide elle-môme, je mis des paysans et je fis là un lac, un kiosque, des champs dans l'intérieur du domaine funéraire. Il y eut aussi une statue d'or donnée par Sa Majesté. Ce n'est pas à un homme du commun que l'on en fait autant*, d
Il n'est pas de conte égyptien où l'on ne trouve quelque passage analogue. Le Naufragé voit arriver, dans son île déserte, le navire qui le ramènera. Il court annoncer la nouvelle au Grand Serpent barbu qui l'a sauvé et qui lui a prédit l'avenir : « Voici, lui avait dit ce bon Serpent, voici que tu demeureras quatre mois dans cette île, puis un navire viendra de ton pays avec des matelots; tu pourras rentrer avec eux dans la patrie et lu mourras dans ta ville. Oui, si lu es fort et patient, lu presseras les enfants sur la poitiîne et lu embrasseras la femme; tu reverras ta maison, qui vaut mieux que tout; tu atteindras ton pays et lu seras au milieu des gens de ta famille. » Et quand le Naufragé voit arriver le vaisseau, le Grand Sei'penl lui dit : « Bon voyage, bon voyage vers la demeure, petit. Voici que lu arriveras dans ton pays après deux mois, lu presseras tes enfants sur ta poitrine et tu reposeras dans ton tombeau*. »
La dernière prédiction de Proteus à Ménélas n'est pas très différente : a Retourne offrir à Zeus et aux autres dieux des sacrifices dans le fleuve Aigyplos : lu ne reverras pas, avant, tes amis et ta maison bien bâtie et la terre de ton pays... [Ton frère Agamemnon est mort]. Mais ne perds pas ton temps à le
1. lî. Maspero, les Coules Populaires, p. 115-115; p. 128-130.