Id., ibid., p. Ui
pleurer ici. Avise aux moyens de retourner dans ta patrie. La volonté du destin n'est pas que tu meures dans Argos nourricière des chevaux. Les dieux l'emmèneront dans la Plaine Élyséenne, aux extrémités de la terre, chez le blond Rhadamanthys, où l'existence la plus facile s'offre aux humains : pas de neige, jamais de violente tempête ni de pluie, mais toujours les souffles d'un léger zéphyre, montant de TOcéan pour rafraîchir les hommes; les dieux récompensent en toi le mari d'Hélène et le gendre- de Zeus*. »
Assurément voilà un beau paradis, et bien des peuples peuvent souhaiter d'atteindre une telle vie de bonheur après la mort. Pourtant ce paradis de tranquillité, de fraîcheur et de vie facile n'est pas celui qu'on rêverait pour cette horde de guerriers et de pirates, qu'est la race achéenne : pas le moindre combat, pas la moindre tuerie, pas même les luttes sportives ni les jeux de force et d'adresse î Et quel singulier paradis de silence et de paix pour ces bavards, ces orateurs de place publique, ces grands discuteurs, ces éternels politiciens ! pas le moindre discours ! pas le moindre procès ! pas le moindre échange de railleries ou d'injures!
A l'époque classique, le paradis des Hellènes fut un peu différent. Quand Pindare nous décrit les Hes des Bienheureux, c'est le soleil éternel, la lumière et la chaleur, — et non plus la fraîcheur du vent du Nord, — c'est la beauté des fleurs et la douceur des fruits, — et non plus l'abondance des mangeailles, — ce sont les exercices du corps, — et non plus seulement la molle oisiveté, — qui font le bonheur des justes : « Pour les bons, le soleil éclaire des jours que n'obscurcissent jamais les ombres de la nuit. Dans les prairies empourprées de roses, ombragées par l'arbre qui produit l'encens, ils voient les bosquets se charger de fruits dorés. Les chevaux, les exercices du gymnase, les dés, la lyre se partagent leurs inclinations et leurs joies. Rien ne manque à l'éclat de leur florissante félicité*. »
Le bon laboureur d'Egypte ne demandait pas aux dieux un bonheur aussi compliqué. Asservi à la glèbe durant toute sa vie, soucieux seulement de la moisson prochaine et craignant le bâton du leveur de dîmes, il ne rêvait après la mort que d'une campagne « où les vivres viendraient aux hommes sans tant de peines », comme dit Proteus,
• Étouffé par le vent du désert, au bord de ses canaux desséchés (les Instructions nautiques disent encore : « Quand après le khamsin ou simoun venant du S.-S.-E. au S.-S.-O., surviennent les vents froids du N.-O., ils apportent avec eux un inexprimable soulagement au malaise que font ressentir les vents du Sud* »), l'Égyptien rêvait aussi d'un fleuve constant, n'abandonnant jamais ses