V. BÉRARD. — II. ri
rives, et d'élernelles brises du N.-O., « qui de l'Océan montent pour rafraîchir les hommes », comme dit encore Proteus,
'Uxeavoç àviTiTiv àvaiuyeiv àvôpioTroy;.
Ce seul détail du zéphyre pourrait nous éclairer sur lorigine de ce paradis odysséen. Les Instructions nautiques nous disaient tout à Theure que le vent du N.-O. amène aux Kg\'ptiens la fraîcheur et la vie après la pesanteur mortelle du khamsin : c'est donc en Egypte le vent béni, et Prouti vient respirer le zéphyre à l'heure la plus chaude du jour, et les morts égyptiens jouissent tout le lemps de cette fraîche haleine. Pour les Grecs, le zéphyre, le vent du N.-O., est le plus souvent désagréable, ouTar,; Zéçupo;, car il amène les pluies, les ouragans, et il gémit sur la mer :
...àxpafj Zécp'jpov XEÀàoovT' èm tiovtov.
Dans les terres et les mers helléniques, le zéphyre est en réalité aussi pénible et aussi énervant que notre mistral sur les côtes de Provence, « le mistral ou maestro, ainsi nommé, parce qu'il est le vent le plus violent et, si Ton peut ainsi dire, le plus tyrannique de la Méditerranée* ». Le zéphyre est le plus rapide de tous les vents. Le zéphyre chasse les troupeaux vers l'abri et le berger frémit à son approche. Le zéphyre accumule la neige sur les monts*. Le nom môme du zéphyre indique peut-être sa vraie nature pour les marins du Levant. Aujourd'hui les Grecs ont emprunté des marines occidentales le nom de rnistraL [jLaetrcpaXL II semble que dans la première antiquité ils empruntèrent celui de zéphyre aux marines orientales. Car ce nom ne veut rien dire en grec : les grammairiens n'ont pas trouvé la moindre approximation pour l'expliquer par une étymologie hellénique. Les langues sémitiques au contraire possèdent la racine z.ph.r, iSî, qui signifie, en arabe, soupirer^ hurler. Cette racine fréquemment employée par les Arabes ne se rencontre dans l'Écriture que sous la forme d'un nom de ville Zifron, lilSî, « Zephrona, dit saint Jérôme, que Ton appelle aujourd'hui Zephyrium de Cilicie ». Saint Jérôme se trompe dans son identification des deux villes : Zephrona n'est pas en réalité Zephyrium. Mais cette erreur même nous prouve la similitude des deux mots : zephyros, !^i©upo;, serait en effet une excellente transcription d'un mot 7i37, zephur ou ziphor, tiré de la racine IST, 2a/;Aar, comme siphor, nsï, de la racine saphar, iSï. Pour le sens, ce nom conviendrait bien au vent qui hurle et gémit sur la mer, xe^iSovr' iizl TîovTov, Zicpupov xeXaosivov : dans les poèmes homériques, le seul zéphyre parmi tous les vents est le gémissant ou le hurleur. Le nom de Zephyros serait donc à ajouter peut-être à la liste des mots sémitiques qui émaillent ce conte