‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 59 sur 343 · A. Jal, Glossaire nautique^ s. v. Maestro · texte numérisé non relu

A. Jal, Glossaire nautique^ s. v. Maestro

2. G. Buchholz, Homer. Real., I. p. 23 et siiiv.; Odyss., V, 295; XIX, 205; Iliad.. IV, 275; VII, 03; XIX, 415.

(rÉg\'ple. Car Zephyros-Keladon n'est, je crois, qu'un doublet gréco-sémitique. Notez que le poète grec ne se rend nullement compte des raisons qui font aimer le zéphyre des Égyptiens. Cette chaude Egypte soupire après le froid relatif qu'amène le zéphyre. La montagneuse Hellade redoute les froids de Fhiver, la neige et les pluies qui feraient le bonheur de l'Égyptien. Le poète odysséen ajoute à son paradis cette absence de neige, d'hiver et de pluie :

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et il ne mentionne pas l'absence de chaleur et de khamsin, que suppose pourtant l'arrivée souhaitée du zéphyre.

Nourriture abondante, travail modéré, fraîcheur des vents du Nord, c'est ainsi que l'Egypte imagina le paradis osirien et toute l'Egypte finit par mettre sa raison de vivre en l'attente de ce paradis. D'autres au-delà avaient été imaginés jadis par quelques-unes des villes égyptiennes : les morts égyptiens à l'origine connurent d'autres séjours que le paradis d'Osiris. Mais celui-ci, étant le plus conforme à l'idéal national, finit par supplanter tous les autres :

Ce paradis osirien, dit G. Maspero*, était une grande plaine, traversée par un fleuve. Il s'appelait Sokhit Mou (ou Àarou), la Prairie des Souchets, Sokhit Hotpou, la Prairie (lu Repos. Il n'était pas sombre et morne comme celui des autres dieux morts, Sokharis ou Khont-Amenti. Le soleil et la lune l'éclairaient. Le vent du Nord y tempérait de son souffle régulier les ardeurs du jour. Les moissons y poussaient abondantes et vigoureuses.... Les riches et les nobles, parvenus au Jardin dlalou, y étaient désormais à l'abri de l'infortune et de la mort. Ce paradis était une sorte d'Egypte céleste, d'une fertilité inépuisable. Le blé y avait sept coudées de haut dont deux pour l'épi. Des canaux sans cesse remplis d'eau y entretenaient la fécondité et la fraîcheur. Les morts y passaient leur temps h manger, à boire, à jouer aux dames. On n'exigeait d'eux que la culture des champs et les travaux de la moisson. [Les lois de l'Amenli] ordonnaient que le mort ne s'amollît pas dans l'oisiveté. Mais on pouvait l'exempter de tout labeur en lui procurant des remplaçants. Les théologiens autorisèrent les maîtres à s'en remettre sur leurs serviteurs de tous les travaux qu'ils auraient dû exécuter euxmêmes; pour entretenir les canaux et les digues, façonner la terre, semer, moissonner, rentrer le blé, etc., [les morts] ont des serviteurs. Un mort, si pauvre qu'il fût, n'arrivait pas seul. Il amenait une escouade de statuettes, d'images auxquelles la magie prétait une âme intelligente et active. On les animait au moyen d'une formule, qu'on traçait sur leurs jambes. Quand le dieu chargé d'appeler les morts à la corvée prononçait le nom de leur propriétaire, elles répondaient et travaillaient à sa place : d'où leurs noms de répondants,... Et tandis que ces petits bonshommes de pierre ou d'émail piochaient, peinaient, semaient consciencieusement, leurs maîtres jouissaient on pleine paresse de toutes les félicités du paradis osirien. Us s'asseyaient au bord de l'eau, à l'ombre toujours verte des grands arbres et respiraient la brise fraîche du Nord. Ils péchaient à la ligne, se promenaient en barque, chassaient l'oiseau dans les fourrés ou se retiraient dans leurs kiosques peints pour y lire des contes, pour y jouer aux dames, pour y retrouver leurs femmes toujours jeunes et toujours belles. Ce n'est

1. Tout ce paragraphe est emprunté presque textuellement de G. Maspero, Hist. Ane. 1. p. 181 et suiv., et Hevue Hist. Belig., XV, p. 282 et suiv.

toujours que la vie d'Egypte, mais adoucie et dépouillée de toutes ses misères, sous la règle et par la faveur d'Osiris, le Juiste de Voix,

Car la seule faveur préside à la distribution de ces récompenses. « Les idées de mérite et de justice n'ont aucune part à l'admission des âmes en ce séjour. Le privilège de la naissance et la faveur divine, gagnée par des présents et des formules mystiques, sont les seuls titres considérés. Les morts du commun demeurent sous terre, soit dans le tombeau même, soit dans un endroit indéterminé : ce ne sont plus que des formes vides et impalpables, sans passions, sans alîections, sans autre raison d'agir qu'un désir insatiable de l'offrande matérielle qui les nourrit, leur rend la vie et les empêche de s'anéantir à jamais. Seuls, les Serviteurs (THorus étaient admis à jouir d'une vie complète dans les champs d'Ialou *. » Osiris réserve le bonheur à ceux qu'il a faits siens, à ceux qui par lui sont devenus des êtres divins, de véritables dieux semblables à lui-même, d'autres Osiris à la Voix Juste, des dieux, fils, amis ou « gendres » du dieu, comme dit Proteus à Ménélas : « Tu auras ce bonheur parce que tu as Hélène et que tu es gendre de Dieu, »

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Les dieux égyptiens, qui jadis avaient présidé à l'embaumement et aux funérailles du dieu Osiris, veillaient aussi aux funérailles du juste osirien, puis, de leur aide effective ou de leurs conseils, ils le guidaient, le « convoyaient », jusqu'aux Prairies du bonheur, à l'extrémité occidentale du monde. C'est encore ce que dit Proteus à Ménélas : « Les dieux te convoieront au bout du monde vers la Prairie Élyséenne, »

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C'est aux extrémités de la terre, irsipaTa yair^ç, que le juste osirien doit s'embarquer vers la Terre des Bienheureux. Le Livre des Moiis nous décrit longuement la route et ses étapes. Les dieux conduisent la barque et font le métier de passeurs, — izoy.izr^tq, icsjjLTtouo-iv, — vers la terre du Mystère et du Couchant, le Douât, ÏAmenti. C'est là, vers le Couchant, vers VAmenti, que les justes vivent dans la compagnie, dans la suite d'Osiris et de Rà, Râ le dieu solaire à la face brillante, le dieu d'or, le dieu blond, que chaque jour les justes saluent de leurs acclamations : « 0 Rà, qui viens en paix, hommage à toi! Les dieux de l'Amenti se réjouissent de ta beauté et tous les habitants de la Prairie accourent te rendre hommage, ô Seigneur du ciel et gouverneur de l'Amenti ! tu apparais plein de beauté sur ton horizon occidental de l'Amenti ! tu apparais plein de grandeur, chéri de tous ceux qui habitent le Douai!* »

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