‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 60 sur 343 · G. Maspero, Études de Mythologie, II, p · texte numérisé non relu

G. Maspero, Études de Mythologie, II, p

2. Cf. G. Maspero, Hist. Âne, I, p. 186; Dudge, The Dook of the Dead, Translation, I, p. 49.

Dans la Prairie odysséenne, habile le blond Rhadamanthys, o9t Çav9o^ 'Paoà[jLav9'jç.

Il semble bien qu'entre le Rhadamanthys des Grecs et les dieux égyptiens seigneurs de tAmeniiy il y ait similitude de nom comme il y a similitude de rôle : Plutarque ou l'auteur du De Iside et Osiride transcrit le mot égyptien amenti en amenthès, àfxsvOTjÇ. Pourtant aucun des textes ég\'ptiens si nombreux, qui touchent au rituel funéraire, ne semble avoir conservé le titre original dont Rhadamanthys serait la transcription grecque. On aperçoit bien toute une série de titres divins qui pourraient servir de modèles : au mot aménité le couchant, Vautre monde, sont joints des substantifs signifiant prince ou gouverneur j et Khonl'Amenli est le titre ordinaire d'Osiris, gouverneur de r Amenti, Mais le titre exact d'où Rhadamanthys peut être tiré, nous ne le connaissons pas en égyptien et étant donnée l'énorme quantité de textes funéraires que nous possédons aujourd'hui, il ne semble pas que le rituel égyptien Tait jamais connu. El voilk qui nous renseigne peut-tHre sur la véritable provenance de notre conte odysséen. Car je ne doute pas que ce nostos de Ménélas soit une copie des contes d'Egypte. Mais je crois qu'il n'est pas venu directement des bords du Nil. Pour arriver au fleuve ou pour en revenir, Ménélas et le pirate crélois ont passé par la Phénîcie. Il me semble que, pour arriver aux poèmes homériques, le conte égyptien a dû prendre la même route. Voici du moins quelques indices qui me semblent garder la marque de ce passage.

1. — Il est d'abord un détail que nous ne rencontrons jamais dans les contes d'Egypte : c'est la nourriture d'immortalité, l'ambroisie, àjjLêpoo-'lTi. Eidolhéa donne à Ménélas l'ambroisie pour enlever la terrible odeur des monstres de la mer. Sans cette ambroisie, qui donc pourrait rester couché sous une peau de phoque, au milieu de ces phoques puants? Sans l'ambroisie, le conte devient invraisemblable : jamais le public odysséen n'y pourrait ajouter foi. Un public de terriens, qui ne connaît pas d'expérience l'odeur des phoques, se laisserait prendre encore à de pareilles sornettes. Mais à un public de marins venir raconter que l'on s'est mis en embuscade sous des peaux de phoques fraîchement écorchés ! Par expérience, tout ce public connaît l'intolérable puanteur de ces monstres, que le flot jette à la plage et qui empestent le rivage à deux lieues à la ronde : il est des lies que Ton ne peut aborder à cause de cette puanteur, infestari eas belluis, quae expellantur assidue, putrescentibus*. Il faut donc un puissant antidote, ^néy oveiap. L'ambroisie n'est pas un ornement, mais un des éléments fondamentaux du conte : sans elle, pas de vraisemblance possible !

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