Atheii., I, p. ")'>; cf. H. Loewy, p
Mais Adapa refuse d'en manger. On lui offre l'eau de vie; mais il refuse d'en boire. On lui offre un vôtement, et il s'en habille. On lui oflVe de l'huile, et il s'en oint. Alors Anou gémit sur lui : « Adapa, pourquoi n'as-tu pas mangé? pourquoi n'as-tu pas bu? tu n'auras plus maintenant la vie éternelle? » Puis il renvoie Adapa dans son pays, comme la déesse renvoie Ulysse, avec les habits immortels qu'il a revêtus *. Les Sémites, comme les Grecs, connaissaient donc cette nourriture de vie, akaal balalif et cette eau de vie, me-e balaii, qui confèrent l'immortalité, à[jL6po<Tirj * : ce que l'Egypte ne pouvait fournir au poète odysséen, il le trouvait dans les contes et récits des gens de Syrie ou de Chaldée.
II. — A notre mode ordinaire, c'est dans les faits géographiques, je crois, qu'il nous faut chercher l'indice le plus important. Prenons d'abord les faits topologiques.
Considérez en quel lieu se passe notre conte odysséen. Étudiez la situation de Pharos sur la côte de Libye. Les contes égyptiens des papyrus localisent leurs îles merveilleuses, — telle l'Ile du Double, où vient atterrir le Naufragé, — dans les océans lointains, à demi inconnus, où des flottes égyptiennes ont pénétré sans doute et qu'elles fréquentent parfois, mais qui sont encore assez mystérieux et éloignés pour se prêter à la fable. Ainsi en usent tous les contes de matelots. Ce fut plutôt vers le Sud, vers la Mer Rouge, que les navigations réelles conduisaient les Égyptiens vers le Pouanit, vers la Terre de l'Or et de l'Encens ; c'est vers le Sud aussi qu'ils orientèrent les navigations de leurs contes : un peuple marin localise toujours ses récits merveilleux dans l'Eldorado ou sur le chemin de l'Eldorado que ses flottes réelles exploitent.
Notre île de Pharos est tout à la fois trop proche de l'Egypte et trop inutile aux marines égyptiennes pour être devenue le théâtre de contes pharaoniques. Elle est à quelques mètres de la rive continentale, en face d'un bourg indigène, Rhakotis, que remplacera plus tard la ville des étrangers, Alexandrie. Rocheuse, dangereuse, infertile, cette lie n'est d'aucun attrait pour les marines indigènes : dans le fleuve même, dans ses innombrables lagunes, bouches ou chenaux, les indigènes trouvent mille refuges préférables, avec des mouillages pourvus d'eau potable et de vivres. Pour les indigènes, Pharos ressemblait aux mille buttes de sables ou de roches que les alluvions du fleuve ont peu à peu enlisées dans les boues du Delta et qui, jadis îles marines, se dressent collines aujourd'hui dans la plaine fluviale. Mais pour les marines étrangères, en particulier pour les marines de Phénicie, voyez si cette île de Pharos, à l'extrémité orientale de la Méditerranée, n'est pas le pendant exact de notre île de Kalypso, à l'extrémité occidentale, la relâche indispensable, le refuge nécessaire.
Sur la route qui mène de Syrie aux côtes Barbaresques, des métropoles phéni-
i. G. Maspero, HUt, Ane, 1, p. 661 et suiv.
2. Cf. Winckler, El Âmama, p. 166, 24-27; Zimmern, Lehensbrot und Lebenstcasser, Arch. fur Religions Wisêensch., 1899, p. 165.
ciennes à leurs grands marchés de Libye, Pharos est en effet une station indispensable. Les périples anciens, comme nos Instructions nautiques, mettent en garde les navigateurs de TExtréme Levant contre les dangers de ces parages égyptiens. Cet angle sud-oriental de l'extrême xMéditerranée est d'une navigation très difficile. La nature des côtes et l'imperfection ou le manque de mouillages accumulent les périls. En descendant la côte syrienne, tout va bien jusqu'à Jaffa : les montagnes côtières offrent de bons points de repère et la rive est semée d'abris. Mais Jaffa marque l'entrée d'une mer nouvelle qui va s'étendre jusqu'à la première ville de Libye, Paraitonion : cinquante mille stades de côtes s'étendent là, sans autre refuge que notre île de Pharos qui marque Tétape médiane, hzh yip ïlapaiTovio-j rr,; AiSût); ew; 'loio;; Tfjç ev tt, KoIXt; 2'jptcf, OVTO; Toiî TrapàirXou TTaStwv trfzZh^ TîevraxtoytXtwv, oùx ettiv s'jpsîv ào'çaÀfi X'.[jL£va itXfjV Toû <I>àpou*. « Tout ce rivage, ajoute Diodore, est d'accès très difficile. Sur le front de l'Egypte, la bande de terre est invisible quand on n'a pas l'expérience de ces parages : si l'on n'y prend garde, on y risque l'échouement ou le naufrage en pleine côte déserte. »
La côte syrienne et la côte africaine, qui encadrent le Delta, sont en effet très inhospitalières. Après Jaffa, aucun port n'est accessible, aucune ville même n'est visible de la mer. « Pendant les mois d'été, les navires peuvent mouiller devant Ascalon, en se tenant prêts à appareiller au moindre indice de mauvais temps.... Gaza [n'est pas bâtie sur la mer], mais à 5 milles environ du rivage dont elle est séparée par des dunes de sables hautes de 60 mètres (les périples grecs savent que Gaza est à sept stades de la mer*).... La côte est ensuite, sur un développement de 74 milles, extrêmement basse et offre de sérieux dangers aux navigateurs par suite des bancs, qui s'étendent à grande distance de la plage, et de' l'absence d'objets remarquables permettant de fixer la position du bâtiment; on devra donc y naviguer avec la plus grande prudence. La sonde sera le seul guide' ». Sur cette côte, les périples grecs signalent les terribles enlisements du lac Sirbon. Puis vient le Delta avec les dangers signalés par Diodore et Strabon : àXijjLevo'j xal TaireivfiÇ '^'iç éxaTepwGev uapaXtaç, eyotiar^s xal yoipàôa; xal ^pà'y^ïi*. Puis au cap rocheux d'Aboukir, commence la côle libyque, déserte, rocheuse, toute semée d'écueils et mal pourvue d'eau douce. Cette Libye mystérieuse semble tourner le dos à la mer. Elle offre presque partout la vue décrite par nos Instructions : « une plage de sables, bordée en arrière de collines basses, et défendue, sur presque toute sa longueur, de nombreux récifs et de petits fonds "^ ».
Sables syriens, vases du Nil, récifs de Libye, on n'évite les uns que pour affronter les autres. Les voyageurs francs du xvii® siècle décrivent à qui mieux