‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 63 sur 343 · Instruct. naut., n' 778, p · texte numérisé non relu

Instruct. naut., n' 778, p

LES COiNTES ÉGYPTIENS. 73

mieux les dangers de ce golfe égyptien : « La nuit du 23 août, dit P. Lucas, je fus saisis d'inquiétude. Je me mis à regarder la mer attentivement; les eaux m'en parurent toutes blanches. Dans ma frayeur, je courus avertir le pilote. Comme il n'ajoutoit pas foi à ce que je lui disois, j'éveillay le capitaine et je fis beaucoup de bruit. On lira un bouilleau d'eau que la lumière fit remarquer trouble et blanche et, la sonde jetée en mer, il ne se trouva que six brasses d'eau, ce qui mit tout le monde en alarmes. On vira de bord et nous marchâmes bien une demi-heure avec six brasses d'eau. Ce qui nous fit courir ce grand danger, c'est que le pilote et tous ceux du bord, qui se meslent de faire la route s'étoient trompés de cent milles*. » Autres récits : « Vingt-deux jours après notre départ de Smyrne, nous nous aperçûmes que l'eau de mer étoit blanche, qui étoit une marque que nous étions proche de terre. La rive est si basse et si unie que, sans les palmiers qui sont sur le bord, on ne pourroit pas l'apercevoir à deux lieues de distance*. » Les vents y soufflent en bourrasques et les ancres les plus solides ne suffisent pas à maintenir les bateaux au mouillage; à plus forte raison doit-on craindre l'échouement, quand une longue navigation a quelque peu pourri les cordages : « Quinze jours devant, il s'étoit perdu dans le port d'Alexandrie un grand galion, qui tenoit sur quatorze ancres de toutes lesquelles le câble se rompit en môme temps'. »

Ajoutez, si l'on veut entrer dans le Nil, les difficultés de la barre et les dangers du courant : « Nous fûmes quinze jours au bogas de Damiette, à cause du vent qui étoit si violent qu'il avoit poussé des montagnes de sable dans la bouche, qui en rendoient le passage impratiquable. Dans ces occasions, il faut attendre qu'il ait cessé et que les eaux du Nil, que la mer a refoulées, reprennent leur cours ordinaire et que par leur impétuosité et leur pesanteur elles entraînent ces sables et s'ouvrent un chemin libre. Nous n'étions pas seuls à attendre. Il y avoit avec nous près de quarante saïques arrêtées et qui attendoient ce débouchement avec impatience*. » Ces récils nous font mieux comprendre l'effroi de Ménélas quand Prôteus lui ordonne de rentrer dans le fleuve pour faire les sacrifices aux dieux : « Mon cœur se brisa à la pensée de cette interminable et périlleuse navigation »,

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C'est ici une mer sauvage, itoXuxXuorw èvl tcovtcj), dit le poète. Entre la mer ouverte, éventée et clapotante du large et les mouillages tranquilles du fleuve, c'est encore la même opposition que plus haut, chez les Phéaciens, entre la mer calme du détroit et la mer agitée du large, et Slrabon emploie les mêmes mois que notre poète odysséen : il parle des promontoires rocheux de Pharos qui exaspèrent en toute saison les flots venus du large, Tpoyjivouirai Tîào-av ûpav

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