‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 66 sur 343 · Diod. Sic, V · texte numérisé non relu

Diod. Sic, V

prévalut. Les Rhodiens n'oublièrent jamais la colonisation et le long séjour des Phéniciens en cette ville. Les Sidoniens s'y étaient installés à demeure et môles aux indigènes. Kadmos les avait établis autour d'un temple de Poséidon, dont les familles phéniciennes conservèrent toujours la garde. Maîtres du culte, CCS étrangers se transmirent les sacerdoces de père en fils. Maîtres de la ville, ils devaient la posséder, suivant l'oracle, tant que les corbeaux seraient noirs et tant que les sources ne verseraient pas des poissons dans les cratères. Topologiquement, cette station de lalysos était, sur la mer du détroit, une dépendance et un complément nécessaire de la grande station de Lindos sur la mer du large. Venues du S.-E., de la mère patrie, les flottes phéniciennes arrivaient droit à Lindos. Mais quand elles revenaient du N.-O., au contraire, des marchés de TArchipel et du continent grec, il leur fallait une relâche sur la côte Nord de l'Ile : au pied de leurs hautes collines, Kamyros et lalysos leur ofliaient leurs plages de sables. Quand les Doriens survinrent, lalysos était aux mains du roi phénicien Phalantos, dont le nom sous cette forme est grec et signifie le Chauve (l'Écriture nous donnerait l'original de ce nom traduit, nip, Karcha, le Chantée). Par ruse, les Doriens, avertis de l'oracle, blanchirent des corbeaux et firent déposer quelques poissons dans les amphores. Phalantos, voyant l'oracle accompli, rendit sa ville et reprit la mer. Les Doriens s'installèrent dans la ville phénicienne dont ils traduisirent le nom : cette ville de la Terre des Acclamants, l-alysos, s'appela désormais la Retentissante, la Résonante, Akhaia, àyata, du dorien àyo^ pour Ti'/oç, àyco pour rc/dù, àyà pour v/vj, etc. : ce nouveau doublet vérifie très exactement le sens que nous avons retrouvé pour ala^ et elousim, acclamer et acclamants. Les deux noms lalysos et Akhaia subsistèrent. Mais peu à peu les Hellènes oublièrent l'équivalence de ces deux termes désignant une seule et môme chose. Les générations suivantes cherchèrent une application pour chacun de ces termes : elles firent d' Akhaia une ville de Vlalysie, èv ttî 'laX'j(Tt<y iwoXtv *Ayatav, ou une citadelle dlalysos, sv rr^ 'laX'jTc^ r.ôXiv 'KTy'jpoTàTTjV tt^v 'kyjiloLy xaXoujjiévTjv*, comme à Mégare, Ville de la Caverne, Karia Megara, elles avaient par un même procédé fait de Megara la ville, et de Karia l'acropole.

Le Champ Élyséen ne resta pas longtemps à Rhodes. Poussant plus loin vers le Nord, les navigations phéniciennes le transportèrent à Lesbos, où l'un des sept Héliades, Makar, l'Homme Heureux, vint de Rhodes s'installer et fonder le culte des sept Muses ou Nymphes Lesbiennes que les poèmes homériques connaissent déjà*. Lesbos est tout ensemble l'Ile Heureuse, Makaria, et le Champ Élyséen, nous conservant ainsi le doublet que nous avons déjà pour Rhodes, vriTO^ Maxapta-*HX'j(Tiov HeSiov.

Mais, en môme temps que vers le Nord, le monde égyptien s'était agrandi

1. Sur tout ceci, cf. Diod. Sic, V, 57 et les auteurs de hhodiaka, Ergias et Polvzelos, F. H. G., IV, p. 405.

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