Cf. Roscher, Lex. Myth.. s. v. Leshierinnen
vers rOuest. Jadis limitée à la vallée du Nil, TÉgyple avait peu à peu débordé sur le désert, et de ce côté aussi le Champ des Bienheureux s'éloigna vere les ejftrémités de la terre. « Parmi les Égyptiens, dit G. Maspero*, il y eut deux théories sur le site de l'autre monde. Les uns, fidèles d'Osiris, envoyaient leurs morts au Nord; les autres, fidèles du dieu Sokaris, les envoyaient à l'Ouest. C'étaient deux données contradictoires qu'il s'agissait pourtant d'accorder. La conciliation s'opéra par l'intervention d'un troisième dieu, Khontamentit, celui qui préside à la région de VOuest. L'adjonction de Khontamentit à la dualité Sokar-Osiris concilia les données contradictoires que Sokaris et Osiris apportaient avec eux. Un soleil nait chaque malin à l'Orient, meurt chaque soir à l'Occident, au domaine de Sokaris. Son âme va rejoindre au Nord-Est le domaine d'Osiris aux Champs d'ialou. Les âmes humaines suivent le même chemin : elles vont à l'Occident dans le domaine de Sokaris, comme Khontamentit, et reviennent, comme lui, au Nord-Est dans les champs d'Osiris. » Vers l'Ouest donc on chercha le domaine des Bienheureux. Les Égyptiens eux-mêmes le trouvèrent d'abord dans le désert occidental, à sept jours de Thèbes, en cette Oasis que « les Hellènes, dit Hérodote, appellent en leur langue l'He des Bienheureux », ovo|JLàseTai oè 6 '/wpo; O'jtoç xaTa 'EXXt^vwv yAÛ^o-av Maxàpwv Nf,aoç*. « Ce nom A'Ile des Bienheureux, qu'Hérodote lance en passant, montre qu'une légende, encore populaire à l'époque saïte, faisait des Oasis un domaine des morts, où les âmes vivaient dans l'abondance et la félicité. Cette légende était fort ancienne et Brugsch a rappelé fort justement que la partie de l'Oasis nommée Zoszes est indiquée dans les textes hiéroglyphiques comme servant de séjour aux mânes. Brugsch fait remarquer encore que Zoszes paraît avoir été, à l'origine, une sorte de pays mythique, dont on fixa assez tard la position précise. Peut-être le nom de Aît-KhôoUy lie des Mânes , qu'un des séjours élyséens porte dans les chapitres CXLIX-CL du Livre des Morts, désigne-t-il l'Oasis thébaine et n'est que l'original de l'expression grecque Maxàpwv NtÎ^to^, Ile des Bienheureux. En tout cas, les Oasis du désert Libyque furent considérées jusqu'aux derniers temps comme une retraite des morts. »
Mais, vers l'Ouest, par mer, les flottes de Sidon avaient reculé bien plus loin les bornes du monde. D'escale en escale, elles chassaient devant elles la Terre des Bienheureux. Le Champ Élyséen finit par sortir de la Méditerranée : au delà des Colonnes du Couchant, plus loin que le Pilier d'Atlas et que Tile de la Cachette, plus loin qu'Ispania-Kalypso, le paradis disparut enfin dans la profondeur de rOcéan occidental. C'est là que Grecs et Latins eurent leurs Iles des Bienheureux. C'est là que les poèmes homériques situent déjà leur Champ Élyséen : « c'est parce que le Poète, dit Strabon, connut les navigations des Phéniciens vers l'Espagne qu'il localisa de ce côté la Prairie Élyséenne^. » On
1. Tout ce paragraphe est emprunté à G. Maspero. Études de Mythologie., IL p. 22 et 422 e\ suiv.