‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 70 sur 343 · I. iiérod, n · texte numérisé non relu

I. iiérod, n

± Cf. G. Maspero. Hist. Ànc, L p. 417-451. r». //iW.. YL 410-417.

.4. OJyss., XL *iGr,.

en 9'16-/i, 6-/;6yj : nous savons en effet que le n initial donne ordinairement un 9. On imagine pour la Thèbes béotienne une raison possible de retle appellation : si Iheba est l'arche dans laquelle Noé se sauva du déluge, Thèbes est la ville fondée par Ogygos qui, lui aussi, échappa au déluge.... Mais nous avons un doublet pour nous confirmer la valeur de cette étymologie, puisque Tun des noms égyptiens de la Thèbes d'Egypte, apitou, signifie les coffres. Je crois que Tliebal Apiloti forment un doublet égypto-sémitique. Thèbes est une traduction sémitique A" Apitou que les Hellènes transcrivii^ent ou adoptèrent : les Coffres. Apitou, ont ainsi donné les Thèbes. al B/igai, du poème odysséen.

C'est donc par l'intermédiaire des Sémites que les noms de celte région sont parvenus d'abord au poète homérique ou aux peuplades achéennes. Il est assez remarquable que le poète ne connaisse pas encore le nom du Nil : pour lui, U) fleuve s'appelle Aigyptos comme le pays, tzô-zol^oç AïyjTrroç, le fleuve Aigyptos. — « Le mot Nil, dit G. Maspero, est d'origine indécise : il nous vient des Grecs, qui l'avaient emprunté h un peuple étranger, Phéniciens ou Khiti, tribus de Libye ou d'Asie Mineure. Quand les indigènes égyptiens ne voulaient pas traiter leur fleuve en dieu, en hâpi, ils l'appelaient /a mer ou la rivière, iatour-aou, iaour-aou ou iaouma, iom(t\ » Les Hébreux ont connu le Ictor ou laour Misraïm, d^'^SQ'Ikv le lac (VEgypte, Misraïm étant pour eux le nom de TÉgypte. Mais ils connaissent aussi le Nahal ou Nehel Misraïm, qui est une autre rivière, toute différente du fleuve, hnj, nahal, que les Septante transcrivent en neel^ est un nom commun pour désigner les cours d'eau, les rivières, torrents ou fleuves : l'Écriture connaît les nahal d'Ascalon, de Gad, d'Arnon, etc. Les formes variables du nom grec Neilos, Nilos, NeeU Nèl, etc., s'adapteraient à ce mot bnj, nahal ou nehel (avec chute du n médian, ainsi qu'il arrive d'ordinaire). Vax supposant un nom phénicien « Nehel Ifaikouptah », le Fleuve de Memphis, on rendrait compte tout à la fois du Nilos classique, qui ne serait qu'une transcription abrégée, et du Potamos Aigyptos homérique, qui serait, [)ar moitié, une traduction (potamos = neel, TioTai^-o; = Sn:) et, par moitié, un(^ transcription (llaikouptah = Aigyptos).

De cet ensemble de faits, je crois qu'une conclusion se dégage. Il me semble (|ue le poète odysséen nous fournit sur TKgypte des renseignements fort exacts et très précis. Il me paraît certain que les corsaires achéens fréquentaient les cotes du Delta : par la seule raison qu'ils étaient corsaires, ils étaient attirés vers cette plaine maritime, comme un essaim d'abeilles vers un pot de miel. Il est donc possible que le poète odysséen ait connu l'Egypte par la renommée achéenne et par les récits des pirates de l'Archipel. Mais il me paraît non moins possible qu'il la connut surtout d'une autre façon, par des textes écrits,

i. G. Maspero, Hisl. Ane, I, p. 0, 15 cl 45.

U LES IMIÊMCIE.NS ET I/0DYSS£E.

[Kir (les contes de magie et de sorcellerie où les Pharaons, les Prouti, et leurs lilles tenaient le premier rôle. A travers rimitalion que le poète grec en fit, ces contes reparaissent tout semblables aux contes pharaoniques que nous ont livrés les papyrus, — avec une seule différence, c'est que, par certains mots et par certains éléments essentiels, l'imitation grecque trahit un intermédiaire sémitique. Le \ost()s de Ménélas se présente à nous comme un mélange de choses égyptiennes et de choses sémitiques, vc qui proprement est le caractère des productions phéniciennes. Hérodote nous dit que les vaisseaux phéniciens appoitaient en Grèce des chargements mi-partie égyptiens, mi-partie assyriens, cpopT'la AlyjTTT'.à Te xal 'ATTtipva*. Nous voyons un pareil mélange dans le style des monuments que les archéologues d'un commun accord rapportent aux Phéniciens*. Les poèmes homériques eux-mêmes nous fournissent peut-être un bel exemple dans les scènes du bouclier d'Achille. 11 faut lire la dissertation de M. A. Moret : Quelques scènes du bouclier cV Achille et les tableaux des tombes égyptiennes'*. On y trouvera la preuve indiscutable, je crois, que telles scènes de ce bouclier homérique ne sont que la reproduction « des tableaux sculptés ou peints à milliers d'exemplaires en Egypte, sur les murs des mastabas memphites ou des hypogées thébains. » M. Moret conclut :

lU^sterait à savoir comment l' influence des tableaux égypliens a pu s'exercer sur riniagination des rhapsodes honii^riques. Est-ce par l'intermédiaire d'œuvres d'art phéniciennes?

Helbig a dit, à propos du bouclier d'Achille, que « les descriptions de cerlaiues scènes sont inspirées par des modèles plastiques. Ces modèles sont surtout des vases en métal d'importation phénicienne ou des imitations grecques de ces dernières. » Nous avons assez de preuves de l'iniluence de l'Egypte sur l'art phénicien pour ne pas écarter cette hypothèsi*. Mais, d'autre part, était-il impossible à des Ioniens de voir de leurs yeux les originaux d'Egypte? Non, assurément; nous savons que les tombeaux des nécropoles anciennes, memphites ou autres, étaient visités avec curiosité : les Grecs, qui avaient libre accès en Egypte, ne devaient pas être les moins avides de pénétrei* le secret des tondies. lUen ne s'opf)ose donc à ce que les rhapsodes homériques aient connu, soit directement, soit indirectement, les peintures ou les bas-reliefs funéraires égypliens. Mais celte délicate question des voies de pénétration de l'influence égyptienne n'est point colle que nous avons voulu aborder : nous nous contenterons de signaler cette influence même. V coup sur, nous ne nous flattons point d'avoir retrouvé, dans la masse des scènes funéraires égyptiennes, les originaux mêmes des modèles plastiqu(»s dont les rhapsodes homériques ont pu s'inspirer; mais du moins pouvons-nous conclure (fue, dans certaines scènes du Bouclier d'Achille, sont mis en œuvre avec une fidélité remarquable certains motifs décoratifs qui étaient utilisés en Égyple depuis les premièi'es dynasties.

De même que les peintures funéraires de l'Egypte ont servi, directement ou indirectement, de modèle aux artistes homériques, de même les textes

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