Wyw., IX
îHi LKS PIIÉMCIENS ET L'ODYSSÉE.
qu'au milieu de ce labyrinthe criles, il est souvent impossible d'éviter la terre avant de s'en trouver à dislance dangereuse*. » Nous savons aussi que, d'ordinaire, ces tempêtes de Hora durent trois jours et couchent, culbutent, déchirent tout. Il faut ou se réfugier dans un port et tirer les barques à sec, ou s'abandonner en pleine mer à la bonne volonté du sort. Sur les deux façades orientale et occidentale du Péloponnèse, ces tempêtes sévissent durant l'été, toutes pareilles. Parmi vingt ou trente récits des voyageurs modernes, je prendrai seulement celui qui se rapproche le plus de notre texte odysséen :
Le jour d'après, raconte Du Fresno-Canaye', le mistral fraîchit si bitMi que toute l'habileté nautique était trop faible contre la rage de la tempête. Nous retournâmes donc en arrière et nous jelAmes l'ancre (T) août) dans le port de Modon.... Nous restâmes à Modon attendant le vent favorable.... Knfin fatigués de ce long séjour et voyant la persistance obstinée de cet impitoyable mistral, dans l'espoir de trouver un autre vent dans la haute mer, nous haussâmes les voiles le 20 août et nous courûmes des bordées avec grands efforts et tempêtes jusqu'au 25 que nous arrivâmes à Prodano, île déserte à 20 milles de Modon, appelée par les Anciejis Protè. Le lendemain, nous levâmes l'ancre par un assez bon vent. Mais tout à coup le ciel se brouilla; d'épouvantables tourbillons et des nuages épais sautèrent à l'ouest, de manière que nous courûmes quatre jours et quatre nuits avant d'ancrer à Zante. Le 7 septembre nous levâmes l'ancre avec une brise en poupe. Mais au milieu du canal de Céphalonie, le vent se changea et nous courûmes des bordées trois jours de suite dans ce canal.... Après bien des peines nous sortîmes du canal. Nous eûmes le vent favorable si bien que nous arrivâmes en peu d'heures à l'île de Paxo, voisine de Corfou.... Mais voici qu'en un moment s'éleva une tempête avec des bourrasques si sombres qu'à peine la vue pouvait-elle porter de la poupe à la proue et la pluie tombait d'une telle furie que les mariniers perdirent absolument le gouvernement du navire. On cargua toutes les voiles; on amarra la barre au bordage et on laissa le navire aller à la merci des flots. Enfin en moins d'une demi-heure cessa la pluie, mais le vent s'était tourné à l'ouest de telle sorte que, malgré nous, nous revînmes jusqu'aux îles Nicolas.
Sur chaque face du Péloponnèse, ces tempêtes sévissent. Elles sont particulièrement redoutables aux approches des pointes avancées, pour les bateaux qui contournent au Sud la presqu'île et passent du golfe de Venise, comme disent les marins francs (leur golfe de A'enise va jusqu'aux pointes extrêmes du Péloponnèse), dans l'Archipel, ou inversement. Au Sud du Malée, le détroit de Kythère, qui est la grand'route des voiliers, est le plus souvent obstrué par ces rafales de Bora. Venus du golfe de Venise, les navigateurs occidentaux rencontrent brusquement, lorsqu'ils enfilent ce détroit de Kythère, un violent courant d'air qui leur ferme la route : il leur faut alors rebrousser chemin et venir attendre une accalmie dans quelque mouillage des golfes de Laconie ou de Messénie, à Port-aux-Cailles dans le Sud du Taygète, à Coron ou à Modon dans le Sud de l'Ithome. A'enus de rArchipel, les navigateurs orientaux rencontrent