Du Fresne-Caiiaye, (^'dit. Haiiser, p
LES LOTOPIIAGES. Îl7
en ce passage plus de difficultés encore : le Bora, qui les chasse en poupe, est parfois si violent qu'il leur est impossible de ne pas fuir tout droit devant lui; la moindre manœuvre qui mettrait le navire par le travers, le moindre coup de barre, à droite ou à gauche, pourrait coucher la mâture ou faire capoter le bateau. Le même Du Fresne-Canaye rentre, comme Ulysse, vers la terre de la patrie; il descend l'Archipel pour atteindre le détroit de Kythère :
Violemment poussés par la force incroyable de la tramontane, nous laissâmes Macronisi, Héléna, Sérifo et Sifano. Nous parcourûmes le golfe de Napoli et vers le soir nous eûmes à notre gauche Antimilo et Milo. Nous découvrîmes Cérigo d'assez près. Mais comme le pilote n'était pas trop expérimenté, le patron et le timonier résolurent de ne pas aller plus loin cette nuit-là. Nous restâmes à courir des bordées jusqu'au malin vers Bellopoulo. Le jour suivant, comme le vent ne cessait pas, nous fûmes à Malvoisie. Puis nous accostâmes au cap Saint Ange.... Nous eûmes fort à faire au-dessus de cette pointe, car, voulant entrer dans le golfe de Venise, nous n'avions plus le vent en poupe ; mais il poussait le navire tellement de côté que souvent la grande vergue était à plus de 4 palmes sous l'eau et l'eau entrait sous la couverte*.
[Cf. le vers odysséen : « les vaisseaux fuyaient en donnant à la bande », at [JL£V êus'.t' è'^spovT èTTixàpo-tai ]
A l'entrée orientale du détroit de Kythère, les thalassocrates levantins trouvaient au long du Péloponnèse quelques refuges que nous avons longuement étudiés. Zarax, Minoa, Sidè, etc., nous avons reconnu des souvenirs phéniciens sur ces côtes à pourpre*. Mais, outre ces pêcheries, des mouillages de refuge étaient indispensables à la navigation : sur cette façade orientale du Péloponnèse, ces mouillages étaient pour les Phéniciens ce que, pour les Vénitiens et les Francs, Coron et Modon furent sur l'autre façade. Au Sud du Malée et du détroit, nous avons étudié aussi les baies et ports de Kythère. Ulysse, ayant manqué le détroit, pourrait encore se réfugier en ces ports insulaires. Mais il faudrait qu'il pût tourner à l'Ouest, et le vent du Nord est si violent que toute manœuvre devient impossible. Ulysse manque donc aussi l'entrée de Kythère, et le voilà jeté, par le vent et par le courant, vers la grande mer Occidentale : « Le courant dans le voisinage du cap Malée, disent les Instructions, porte en général à l'Ouest avec la vitesse d'un mille à l'heure'. »
Au delà du Malée et de Kythère, s'ouvre la mer sans lies. Les voiliers peuvent encore gagner la Crète, quand le Zéphyre, le vent du N.-O., se met à souffler. Mais le Bora, le vent du N.-E., ne les mène que vers Malte ou vers l'Afrique, et c'est vers l'Afrique que le courant les porte aussi :
Les courants dans l'Archipel sont irréguliers en force et en direction. Kn général, ils portent au Sud. Mais* ils sont grandement influencés par ks vents, surtout dans la