V. BÉRARD. — II
parlio Ouest de cette mer. Comme règle générale, les courants sont toujours plus forts pendant et après les vents de N.-E. qu'avec les vents du Sud. Lorsque les vents sont entre le N.-E. et l'Est, le rapide courant du Bosphore passe aux deux côtés de Tile de Lemnos et s'avance dans la partie Ouest de l'Archipel, en prenant une vitesse considérable dans les canaux des îles. On ne peut donner une loi exacte de la marche de ces courants, surtout pour la partie Sud de l'Archipel et pour les canaux qui bordent l'îh» de Candie. Le courant porte presque continuellement au Sud. Mais il est quelquefois irrégulier et dépend beaucoup (comme partout ailleurs) de la force et de la direction des vents, qu'ils soient locaux ou qu'ils soufllent au loin avec violence. Dans les parages de la Crète, le courant qui descend des Dardanelles et celui qui, venant de la côte d'Egypte, passe le long des côtes de Syrie et de Caramanie, se réunissent en absorbant les influences locales et donnent ainsi naissance à un courant Sud, prédominant dans l'Archipel, ou Sud-Ouest un peu plus bas, avec une vitesse de 1/2 mille à 1 mille 1/2 à l'heure*.
Par le vent qui vient du N.-E., et par le courant qui porte au S.-O., xJjia poo; T£, Ulysse est entraîné loin des mers grecques, loin de la Crète môme, à travei's le désert sans îles qui s'étend depuis les côtes Cretoises jusqu'aux rives africaines. Dans cette partie de la Méditerranée, le régime des vents est des plus incertains : « Sur les côtes d'Afrique, les brises de terre et du large sont irrégulières, depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre. Cependant on y ressent les violentes brises du Nord et du N.-E., qui rendent la mer très grosse. Dans le golfe de la Syrte, les vents dominants sont le N.-O. et le N.-E., hâlant le Nord dans le fond du golfe. Les brises du Nord pénètrent rarement jusqu'au fond du golfe; mais elles soulèvent une grosse houle qui vient se briser sur les plages basses et sablonneuses*. » C'est à ces plages qu'Ulysse est entraîné par les vents funestes : « Pendant neuf jours, les vents pernicieux nous entraînent sur la mer poissonneuse; nous abordons le dixième jour à la terre des Lotophages, qui se nourrissent du mets fleuri. »
Pour retrouver cette terre des Lotophages, faut-il tenir grand compte de la distance donnée par le poète? On dira que neuf ou dix jours de navigation peuvent n'être en sa bouche qu'une expression courante, indiquant seulement une période assez longue : une dizaine de jours, dirions-nous. Nous savons que les Hellènes comptaient leurs jours par dizaines : nous avons ici une dizaine hellénique, comme ailleurs nous avons la semaine sémitique (de Tile d'Aiolos à la terre des Lestrygons, Ulysse navigue six jours et arrive le septième), et comme ailleui's encore nous avons la dizaine hellénique et la semaine sémitique combinées (de l'île de Kalypso à la terre des Phéaciens, Ulysse navigue dix-sept îoiir^). Pourtant cette distance de neuf journées correspondrait assez