‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 80 sur 343 · Cf. Roscher, Lexic. Mylh., s. v · texte numérisé non relu

Cf. Roscher, Lexic. Mylh., s. v

peaux ne sauraient y prospérer. Les indigènes ne seront donc ni des Mangeurs de Pain ni des Mangeurs de Viande :

Gerba est une île prochaine de la terre ferme, toute plaine et sablonneuse, au reste garnie d'une infinité de possessions de vignes, dattes, figues, olives et autres fruits. En chacune de ces possessions est bâtie une maison, et là habite une famille à part, tellement qu'il se trouve force hameaux, mais peu qui ayent plusieurs maisons ensemble. Le terroir est maigre, voire qu'avec si grand labeur et soin qu'on puisse mettre à l'arrouser avec l'eau de quelques puys profonds, à grande difficulté y sauroit-on faire croître un peu d'orge, ce qui cause tousjours une grande cherté en ces lieux-là quant au grain, dont le setier se vend ordinairement six ducats, et quelquefois plus, et la chair encore n'y est à guère meilleur prix*.

Faute de moissons et faute de pâturages, les insulaires ne peuvent se nourrir que de fruits. Cette Djerba des navigateurs modernes semble bien être la Lotophagie des anciens. Les Anciens savaient que le véritable nom de ce peuple lotophage était Machlyes ou Érébides^, 11 avait son domicile dans la Grande Syrte, suivant les uns, dans la Petite, suivant les autres*. Il habitait une péninsule, dit Hérodote, àxrr.v irpolyouo-av tlq tov uôvtov*, une île, suivant d'autres : Djerba, rattachée à la côte par des roches et des bas-fonds, est une île, mais aussi une presqu'île toute semblable aux péninsules voisines de Zarzis et de Tarfel-Djorf : « L'île de Djerba, disent les Instructions nautiques, est Vinsula Meninx ou île des Lotophages des Anciens. Elle est assez plate. Relativement très peuplée, elle compte 45 000 habitants. Les maisons, entourées de jardins, sont groupées en un grand nombre de petits centres portant en général le nom de humt. Les jardins sont bien cultivés et approvisionnés d'eau par des citernes ou par des puits. Les habitants de Djerba passent pour être d'une race particulière, d'origine berbère; ils sont très hospitaliers; de nombreux marabouts et des minarets se détachent de la verdure des palmiers et des oliviers qui couvrent l'île'. »

C'est bien ainsi que l'on imagine le rivage où vient atterrir Ulysse. Nos Achéens débarquent à la plage, puisent de l'eau et préparent le repas; puis on envoie une escouade aux vivres vers ces jardins qui ferment l'horizon. 11 n'est pas question de ville : les Lotophages habitent sans doute xaTa xwjxaç, en hameaux, en humts séparés. Le « lotos », pour les plus vieux périples grecs, est un arbre et un fruit de celte côte. Skylax nous décrit une des oasis berbères : « C'est un jardin ombragé d'arbres enchevêtrés et denses : ces arbres sont le lotos, les pommiers de toute espèce, les grenadiers, les poiriers, les mûriers, les vignes, les lauriers, etc*. » — « Sur la côte N.-E. de l'île Djerba, disent

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