Odyss., IV
G. Slrab., XVII, 82<J.
LES LOTOPHAGES. i03
commun avec nos mangeurs de fruits; leur lotos nest pas le lolos homérique. On a voulu recoanaitre dans le nom du kdos (fruit) un mot sémitique mh, lot, dont )v(i)TÔ; serait en eflet l'exacte transcription (b = X, l = cij, 13 =t) : le parfum de ce fruit — poTavyj suoojxo;, dit le scholiaste; eùwoia, dit Polybe, — Ta fait ranger par Théophraste parmi les épices et aromates*; dans TÉcriture 131^, lot, désigne une espèce de parfum, qui nous est fort mal connu.
Le poète odysséen a fait sur ce mot étranger un de ces calembours populaires auxquels nous sommes habitués dans la langue et l'onomastique des peuples navigateurs: le lotos pour lui est devenu le fruit de l'oubli, Xviôw, XtjÔti, comme le f^thè était le fleuve de l'oubli dans la mythologie grecque; le lotos fait tout oublier à ceux qui le mangent :
XoiTOv èp67rT6|jLevot jjieveijiev vottow ts XaQsa-ôai...,
jJLrJ TTcb; Tts XwTOtO Çayi)V VOOTOIO XàÔYiTa'.,
et de ce calembour, lotos, léthè, létho, Irfito, Aavôàvw, est sortie toute l'aventure des marins déserteurs, qui oublient vaisseau, devoirs et patrie afin de manger toujours ce fruit délicieux. Nous verrons les autres aventures du iVo«/os sortir pareillement du texte même et des mots du périple : dans l'épisode des Phéaciens, c'est l'écueil de la Roche du Croiseur qui fait imaginer par le poète la pétrification du vaisseau phéacien. Ici le périple ne devait pas fournir grand'chose à notre auteur, et sa description de la Lotophagie s'en ressent un peu. Cette description est remarquable môme par son manque de précision. En cela, elle est en frappant contraste avec toutes les autres descriptions odysséennes; elle fait tache dans le poème. On se souvient, en eflet, de quelle minutieuse exactitude étaient les descriptions de la Phéacie ou de Tile do Kalypso. Nous allons retrouver la môme abondance et la même précision de détails quand il s'agira de Tlle des Kyklopes ou de la terre des Lestrygons : pour tous les rivages continentaux ou insulaires que le Nostos va longer, vues de côtes et conseils de pilotage, nos Instructions nautiques ne sont pas plus complètes que le poème odysséen. En Lotophagie, rien de pareil : aucun détail caractéristique; aucune silhouette précise de montagnes ni de plages. Et pourtant ce sont les Instructions elles-mêmes, qui peut-être nous donneraient la raison de cette surprenante anomalie. Les Instructions nous disent :
Les côtes de la Tripolitaine s'étendent sur près de 1000 milles. On ne trouve nulle part au monde une telle longueur de côtes aussi dépourvues de points remarquables ou d'accidents de terrain pouvant servir de repère au navigateur. A rexception des environs de Tripoli qui sont fertiles et cultivés, la plus grande partie de ce territoire n'est qu'un vaste et improductif désert. Il n'y existe que très peu de cours d'eau et la côte est basse partout, sauf au promontoire montagneux de Derads, aux environs de Khoms et en certaines parties du golfe de la Syrte où se montrent quelques collines*. [Tous les