Odyts., IX
ment l'opposé des Kyklopes. Ce ne sont pas des civilisés, à coup sur, des « Mangeurs de Pain ». Mais ce sont des hommes justes, hospitaliers, qui n'attentent jamais à la vie ni aux biens des navigateurs. Leur « nourriture fleurie » leur fait une âme douce et une vie si heureuse qu'ils n'ont aucune haine au cœur. Ils donnent le lotos aux marins qui les visitent; ils les traitent si bien que, chez eux, les équipages désertent :
O'jS' aoa AwTO^pàyot (jlvJôovÔ' sTapoiartv o)xe6pov Y,|JL6T$pot;, àXXà (j(pi ooaav Xwtoîo TcàTa^Oa'/.
Jusqu'à nos jours, les navigateurs se sont transmis ce renseignement; en nous décrivant l'ile des Lotophages « philoxènes », nos Instructions nautiques nous disent encore : « les habitants de Djerba sont très hospitaliers ». Pour les premiers navigateurs, pour les Phéniciens surtout, cette hospitalité devait avoir un grand prix. Considérez en effet quelle place tenait cette île sur les grandes routes du commerce phénicien.
Soit qu'il ait caboté tout au long des côtes libyques; soit qu'il ait coupé droit, suivant le chemin d'Europe et de son taureau, suivant aussi le chemin d'Ulysse en son conte crétois, et qu'après avoir gagné les côtes de Crète, il ait, au gré des vents du Nord-Est, vogué vers ces côtes africaines : le commerce phénicien trouve en ce pays des Lotophages son premier reposoir absolument sûr, la seule station d'hivernage où les vaisseaux et les équipages puissent, sans danger, passer la mauvaise saison. Car les côtes libyques ne lui ont offert jusque-là que de mauvais abris temporaires, avec des roches aiguës fatiguant les carènes, et de brusques rafales exténuant les équipages. Sur les deux mille kilomètres de ces côtes libyques, « Tripoli et Tobrouk sont les seuls ports où un bâtiment d'un tonnage quelque peu élevé puisse trouver un sûr abri. Le second de ces points est le seul pouvant recevoir un cuirassé et lui offrir un mouillage assuré par tous les temps*. » Le commerce primitif connaissait aussi deux ou trois points de relâche temporaire, des « refuges sous des îlots », xaTa^uyal Otto vt^g-io'iotç. Mais depuis l'Egypte, depuis Pharos, Djerba était en réalité la première île, qui offrit entre elle et le continent libyque un véritable abri contre « la mer sauvage ».
L*ilc de Djerba, disent les Instructions nautiques^, est séparée du continent par un vaste bassin, de près de 500 kilomètres carrés de superficie, dont les bords sont presque partout encombrés de hauts-fonds, mais qui présente en son milieu une belle rade intérieure, admirablement abritée : c'est la mer de Bou-Grara, appelée par les Arabes Bahiret {Petite Mer) de Bou-Grara. Ce bassin communique avec la haute mer par l'Ouest et par l'Est.... La mer de Bou-Grara est très riche en poissons et en éponges. On évalue à 500 le nombre des bateaux employés aux diverses sortes de
l. Odyês., IX, 92-93.
'2. Inalruct, naut., n" 801, p. 343.