FIG. 2. LE PAYS DES LOTOPHAGKS
Photogravure d'après la carte marine n* 1516.
Mailres des sources insulaires et propriétaires de florissants jardins, les Lotophages devaient vendre des provisions aux étrangers. En outre, cette lie se prête à l'industrie : « Les industries locales, disent les Instruclions nautiques^ sont la fabrication des tissus de laine et des poteries. Les collines fournissent une argile plastique, qui sert à fabriquer des vases communs; de nombreux fours sont signalés de loin par leur fumée.... Guallala, sur la côte Sud de Djerba, est un centre important où l'on trouve de l'eau de citerne et quelques ressources en vivres; il est fréquenté par les mahonnes, qui viennent y charger des poteries*. » Je livre ce texte à la réflexion des archéologues, qui ont signalé de curieuses ressemblances entre les poteries berbères et les poteries dites « mycéniennes ».
Mais c'est le transit surtout qui devait enrichir cette Lotophagie. La côte des Syrtes a toujours été le point d'aboutissement des grandes routes continentales qui, à travers le Sahara, unissent le Pays des Nègres, — Ethiopie, disaient les Anciens; Soudan ou Nigritie, disons-nous aujourd'hui, — aux ports méditerranéens. Cyrène, durant l'antiquité classique, et Tripoli, durant les temps modernes, ont été les grands ports du Soudan vers l'Europe, et réciproquement*. Mais Cyrène et Tripoli supposent un commerce installé sur le continent, et des étrangers, Grecs ou Arabes, conquérants ou colons de la terre ferme. Nous savons qu'aux emporia continentaux, nos thalassocrates de la Méditerranée primitive préféraient les mouillages insulaires et qu'ils n'avaient pas de colonies, à proprement parler, mais des stations temporaires ou permanentes « sur un Ilot ou sur un promontoire ». En cet état de navigation, la Lotophagie était pour eux le siège le plus favorable du commerce vers le Soudan, et, de fait, les plus vieux périples, copiés par Hérodote^ signalent l'arrivée en ce point de Tune des grandes routes soudanaises.
Hérodote nous énumère, en efiet, les trois grandes routes qui viennent du Soudan: l'une, par l'oasis d'Ammon, conduit à l'Egypte; la seconde, par Augila et le pays des Nasamons, aboutit au fond de la Grande Syrte (les caravanes du Soudan oriental empruntent encore aujourd'hui cette route d'Aoudjila vers Benghazi); la troisième enfin, par l'intermédiaire des Garamantes, arrive en Lotophagie. Cette troisième route aujourd'hui s'est un peu détournée de Djerba : depuis le pays des Garamantes, que nous appelons aujourd'hui l'oasis de Ghadamès, elle s'infléchit à l'Est et vient par un plus long parcours aboutir à Tripoli où les Arabes, puis les Turcs, ont, de force, amené tous les échanges*. Mais, en droite ligne, cette route de Ghadamès devrait arriver à Djerba, et Hérodote a raison de dire que la Lotophagie en est l'aboutissement le plus direct, (juvroijKOTaTov o' €(jtI èç
Les Garamantes, au temps d'Hérodote déjà et de toute éternité sans doute, se