Hérod., IV
4. Cf. là-dessus de Slane, Journal Asiat., U, 558; Cl. Pcrroud, de Syrticis Emporiis, p. 137.
livrent contre les Soudanais, contre les Nègres des Cavernes, « les Éthiopiens troglodytes », à ces razzias et chasses à Thoinme qui ont duré jusqu'à nos jours. Les Garamantes fournissent donc d'esclaves les marchés de Lotophagic. Ils y vendent aussi les produits que le Soudan n'a jamais cessé de fournir au monde méditerranéen, Tivoire, les cuirs, le natron, le sel, surtout la poudre d'or et les plumes ou les œufs d'autruche*. C'est ici que les Peuples de la mer viennent s'approvisionner de ces denrées soudanaises et c'est ici qu'ils viennent décharger leurs tissus et manufactures à destination de l'Ethiopie : la Lotophagie est un de leurs grands marchés.
Il semble en outre qu'aux temps homériques, les thalassocrates sidoniens ou tyriens n'avaient pas encore jalonné la côte africaine de ces Bourgs-Neufs^ Makom-IIades, et Villes-Neuves^ Karth-Iladast, qui plus tard joueront un si grand rôle et deviendront le siège d'un nouvel empire maritime autour de la plus grande de ces Villes-Neuves, Carthage. Les auteurs de l'antiquité sont, en général, d'accord pour reporter à l'an 813-814 av. J.-C. la fondation de Carthage* : je crois que notre Méditerranée odysséenne est antérieure d'un ou deux siècles, peut-être, à cette fondation. Avant l'établissement de ces colonies puniques, c'est parmi les indigènes que les Phéniciens avaient leui*s correspondants et commissionnaires. Aux temps odysséens, les Lotophages tiennent le rôle et les bénéfices qui plus tard écherront à Carthage. Les Lotophages ont, parmi les marins, la renommée dont Carthage jouira dans toute la Méditerranée postérieure. Chez les thalassocrates, les récits, légendes et populaires représentalions du monde maritime doivent imaginer cette Lotophagie comme la véritable porte des grandes mers occidentales.
Et de fait, toutes différences gardées, les Lotophages sont alors en une situation analogue à celle des Phéaciens : ils ouvrent, eux aussi, l'entrée d'un détroit vers les mers lointaines. Les flottes venues de TOrient ont jusque-là navigué vers le Couchant avec les vents d'Est ou de Nord. A partir de la Lotophagie, elles doivent tourner à angle droit pour longer le rivage tunisien et enfiler le détroit entre la Sicile et l'Afrique (c'est la route qu'Ulysse va prendre tout à Theure). Pour ce changement de route, les marins trouvent une aide précieuse dans les courants du golfe : « C'est dans le golfe de Gabès, disent les Instructions nautiques ', que les marées présentent la plus grande amplitude observée dans la Méditerranée. Le flot, venant de l'Est, longe la côte Nord de Djerba, avec une vitesse qui dépasse un nœud. Puis, en pénétrant dans le golfe, le flot s'épanouit. Devant Gabès môme, le flot paraît courir au Nord; la marche du jusant serait contraire. » Les marins, qui veulent aller vers le Nord, peuvent donc profiter de ce courant du flot. Mais le régime des vents leur est moins favorable. Los vents du large sont ici tout à fait prépondérants. Pour la navigation, il n'y a
\. Cf. Cl. Pcrroud, op. laud., p. 145 et suiv.
*2. Sur tout ceci, cf. F. Movers, H, p. 137 et suiv., et 443.