P. Lucas, I, [i
LA COURSE. o
Notons que pareillement, dans tous les contrats de \ Odyssée, le serment est de règle. Quand le corsaire phénicien offre à la nurse de Syria de la ramener chez ses parents, cette honnête fille, toute Phénicienne qu'elle est, exige d'abord le serment de ses compatriotes : « Je m'embarquerai volontiers, répond-elle, mais commencez tous par jurer que vous me ramènerez dans ma famille sans me tuer ni me vendre en route ». Tous les Sidoniens prêtent le serment qu'elle exige :
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Ulysse garde les mêmes précautions devant les offres engageantes de Kalypso ou de Kirkè : « Allons nous mettre au lit. dit Kirkè; nous unissant d'amour et d'amitié, nous prendrons confiance l'un dans Tauti'e. » Les affaires sont les affaires; Ulysse n'oublie pas les conseils d'Hermès : « Ne refuse pas le lit de la déesse. Mais commence par exiger le grand serment des dieux qu'elle délivrera tes compagnons. » Kirkè doit prêter serment :
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De même, Kalypso offre de renvoyer Ulysse dans sa chère Ithaque : « Je ne m'embarquerai, répond le piudent Achéen, que si tu me jures le grand serment de ne rien méditer de perfide contre moi. » Kalypso sourit; elle admire cette sage défiance : « Tu es vraiment un rusé compagnon, qui sais ne pas lisquei* tes affaires », et elle jure le grand serment par le Styx".
Il faut ne pas oublier cet usage continuel du serment dans la moindre transaction d'alors. Dix fois par jour, le serment est prêté entre indigènes et Peuples de la mer : les formules rituelles passent ainsi des uns aux autres. Le Turc de Thévenot exige des corsaires francs un serment valable pour eux, un serment à la franque, par la Vierge et par saint François. Les Achéens et leurs prédécesseurs devaient exiger aussi des corsaires et marchands sémitiques quelque bon serment à la mode des Sémites. Voilà pourquoi, je pense, dans le grec homérique, l'expression même prêter un serment, établir un contrat sous serment, est l'exacte traduction de la métaphore biblique couper un serment, couper un traité, nns niD, karat berit, opxta Tepivsiv. Chez les Hébreux, cette métaphore correspond à un rite particulier, que la Bible décrit fort exactement. Lorsque le Seigneur veut conclure le pacte fondamental qui l'unira désormais à Israël : « Prends-moi, dit-il à Abraham, une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans, une tourterelle et une colombe. » Abraham coupe les bêtes par le milieu et les dispose, moitié par moitié, de chaque côté du passage; le soir, le Seigneur, sous la forme d'une boule de fumée et de flammes, traverse ces victimes coupées : « en ce jour fut coupé le traité entre le Seigneur et Abraham' ».