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CHAPITRE II

LES KTKLOPES

OÙoi ètoXElV

û'^TjXwv ôpéwv S Tt çaîvftTïi oiov dr* SXkitif. Odyss.. IX, 189-101.

Ulysse quille le pays des Lolophages :

« De là, nous voguons au plus loi, le cœur navré. Nous allons à la terre des Kyklopes.... »

Le poème ne nous donne aucune indicalion de dislance, aucune orientation de marche ni de venl. Nous pourrions chercher la Kyklopie dans toute la Méditerranée, si, de nos éludes antérieures, une hypothèse n'était déjà sortie, touchant le gîte exact de cette terre kyklopéenne. Nous savons que les Phéaciens habitaient jadis Hypérie aux vastes campagnes: ils en furent chassés par les Kyklopes, qui dans le voisinage les harcelaient. J'ai dit comment il fallait traduire, en langage géographique, cette phrase de ÏOdyssée. Nous avons retrouvé, sous ce texte poétique, une série de doublets gréco-phéniciens. Nous n'avons ici que les premiers termes de ces doublets, mais les seconds sont faciles à rétablir. Le mol original, étranger, dont HypéîHe est la traduction grecque, est en réalité A'ame : le doublet complet serait Ilypérie-Kuine, y7ZlpeLr^'^Kù^kT^. Le mot original, dont Kyklopie est la traduction grecque, est Oinotrie : le doublet complet serait Kyklopie-Oinolrie. 11 nous faut examiner ces différents termes.

Hypérie, 'Y7zt^dr^, signifie en grec la Ville d'en Haut, la Ville Perchée, la Ville Dressée, la Ville du Dessus, \j7zip. Dans les langues sémitiques, c'est le verbe Dip, koum, qui rend le plus exactement les idées de se dresser, se tenir droit et au-dessus; le substantif ncip, kounia, désigne la stature et la hauteur : Kumè, Kuur,, serait une parfaite transcription grecque de ce subtanlif koum'a ou, mieux, de la forme participiale identique ncip, kounCa (féminin du participe Dip, koum), et, de ce participe, Tépithète Hypérie, uiiepEtTj, serait un équivalent plus exact encore. Nous verrons tout à l'heure si, par son assiette, la ville de Kume mérite réellement celle appellation. Pour le moment, nous n'examinons

encore que l'onomastique, transcriptions ou traductions verbales. Mais il est bien certain déjà que, par son nom le plus habituel, Kume de la Campagne, Kumè de Campanie, Kuar, Ti\^ KajjLTravta;, mérite l'épithète eùpiiyopo^, aux vastes campagnes, que le poète odysséen donne à son Hypérie.

Hypérie est voisine des Kyklopcs et Kume est voisine des Oinotriens. Les deux termes se valent : y^y, oin, dans toutes les langues sémitiques, signifie Vœil et, par extension, la source, le trou (Teau; IW, otar, signifie entourer, ceindre, et mw, otara, signifie le cercle, la couronne. La Source ou VOEU du Cercle, TVVST\V, Oin-Otar'a, a donné aux Grecs le nom A^Oinotria, OlvcoTp'la, qu'ils appliquent à cette façade sud-occidentale de Tltalie. Ne comprenant plus ce mot étranger, les Grecs firent un calembour facile : Oino-tria, ont-ils dit, c'est le

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CAMPANIE Partie maritime

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FiG. 3. — Les mers d' Hypérie *.

pays de Voinos, du vin, oïvo; : le malheur est que le suffixe Tpia n'existe dans aucun autre vocable grec. Avec le sens, les Grecs oublièrent aussi le gîte exact de ce nom de lieu. Leur Oinotrie se promena, un peu à l'aventure, du Tibre jusqu'au détroit de Rhegium, et leurs géographes se disputèrent sur la localisation de ce nom désuet. Oinotros, suivant les uns, était un héros venu par mer, un fils de Lykaon, roi des Arcadiens. Il était, suivant d'autres, un roi indigène des Sabins*. Les Oinotriens avaient, dit-on, occupé diverses régions italiennes, avant de disparaître sous les coups des indigènes : les Lucanicns avaient fini par conquérir l'Oinotrie primitive'. En réalité, c'est par un autre doublet que nous pouvons fixer la réelle situation qu'occupaient les Oinotriens à l'arrivée des premiers Hellènes dans leur pays : Kume fut, pour les premiers Grecs italiotes, « dans le pays des Gens de l'Œil » , èv toï; 'Otîlxois : Kume des Opiques est le nom qui alterne avec Kume de Campanie. La Contrée des Yeux, 'Oituia ou

i. Photogravure d'après la carte de l'Atlas Vidal-Lablache, p. 13.

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