‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 92 sur 343 · Strab., VI · texte numérisé non relu

Strab., VI

'Only,r^, VOpikie ou les Opiques (car le nom Opiques, 'Oirixoi ou 'Oirixa, s'emploie pour désigner le pays môme*), n'est que la Kyklopie, la Contrée des Yeux Ronds ou VOinotrie primitive. Ainsi le vieux nom sémitique a fourni aux Hellènes une double traduction : les poètes achéens ont dit Kyklopie, et les Grecs historiques disent Opikie. Kume, dit Thucydide, est une ville située dans rOpikie, KiijxYiç Tri; èv 'Omxiqi TroXeco;' : Hypérie, disait VOdyssée, est voisine des Kyklopes.

Aux temps de la colonisation hellénique, Kume devint une colonie des Chalcidiens. Mais la tradition locale, conservée par Aristote', se souvenait d'un temps où les Blancs, Leucadiens ou Lucamens (le texte d'Aristote est douteux : les uns lisent Leucadiens, Aeuxaoïwv, les autres Lucaniens, Asyxavwv), occupaient son territoire, toûtov 8è tov totcov XéyeTai xupteusTQai utco Aeuxaoiwv [ou Ae'jxavâ)v*J . La racine sémitique pna, b.e.k, désigne la blancheur (en particulier la blancheur de la lèpre, que les Grecs appellent leukè, Xsuxt]) : les Phéaciens, <I>aiax£;, de VOdyssée sont les Blancs, Leukadiens ou Lucaniens, qui jadis avaient colonisé Kume, (l'équivalence des deux termes Beak et Pheak nous est familière : nous savons que le a sémitique est souvent rendu en grec par un ç).

Les premiers périples grecs donnent le nom de Lucanie, Aeuxavia, à tout le pays entre le golfe de Naples et le golfe de Tarente. Après la Campanie où Ton trouve les deux villes grecques de Kume et de Naples, Skylax dit que les Samnites ont un pan de côtes d'une demi-journée de navigation. Puis viennent les Leukaniens qui occupent toute la presqu'île entre les deux mers : le périple de leurs côtes est de six jours et de six nuits. Puis viennent les lapyges, qui occupent l'autre presqu'île entre le golfe de Tarente et la mer Adriatique : le périple de leurs côtes est pareillement de six jours et de six nuits. Les géographes postérieurs essayèrent de faire concorder avec ces divisions, que leur fournissaient les anciens périples, les catégories politiques ou ethnographiques qu'ils avaient sous les yeux : ils se donnèrent une peine très méritoire à distinguer les Lucaniens, les Bruttiens, les lapyges, les Messapiens. Strabon revient cinq ou six fois là-dessus : « Avant l'arrivée des Hellènes, il n'y avait pas de Lucaniens en ces parages, mais des Chones et des flinotriens. Les Samnites, ayant grandi, chassèrent les Oinotriens et les Chones et installèrent un de leurs clans qui prit le nom de Lucaniens^. »

En réalité, nous n'avons là qu'une série de noms géographiques, d'époques différentes, inventés ou répétés par les navigateurs successifs. Les marines se les transmirent, tantôt en se les expliquant, tantôt en négligeant d'en connaître le sens véritable. Pour certains de ces noms, VOdyssée nous donne, je crois, la signification et la localisation réelles. Les Opiques, les Kyklopes, les Oinotriens,

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