‹ Les Phéniciens et l'OdysséeChapitre 94 sur 343 · Strab., VI · texte numérisé non relu

Strab., VI

menls des Grecs sur la côte orientale de la Sicile datent du viii« siècle avant notre ère. Tliucydide, qui a puisé ses informations sur la Sicile et Tltalie aux meilleures sources, considère Naxos de Sicile comme le premier établissement des Grecs en Occident. La position géographique de Cumcs nous indique que cette ville est, non pas plus ancienne, mais plus récente.

Ce raisonnement d'Helbig est parfait, et je crois aussi que les Grecs n'ont colonisé Kume que plusieurs années après Naxos de Sicile. Mais, à Naxos de Sicile (nous le verrons bientôt) comme à Kume de Campanie, les Hellènes avaient eu des prédécesseurs et rien n'empêche que pour Kume la date traditionnelle de la première fondation ne soit acceptable. C'est en 10-49 que Ilypérie fut fondée par les Blancs dans le Pays des Kyklopes; mais la barbarie des Oinotriens chassa de Kume ces Phéaciens et les rejeta à la mer d'où ils étaient venus. L'histoire postérieure de Kume va nous montrer vingt exemples de pareilles hostilités.... L'exode des Phéaciens est donc postérieur à lOiO avant J.-C, et il est antérieur à la colonisation chalcidienne, à 750 ou 700. Les nouveaux colons trouvèrent les restes de la première ville, quelques descendants peut-être de la première colonisation, et des souvenirs ou des monuments (liste de prêtres, par exemple), qui gardaient la date de la première fondation. Ils surent que, dix générations avant eux (dix générations environ; à trois générations par siècle, ce chiffre donnerait les trois siècles qui séparent les deux arrivées des Peuples de la mer), la première Kume avait été fondée. Les Kuméens se vantèrent désormais d'être la plus ancienne ville des mers occidentales. Ces dix générations sont une façon hellénique de compter : à Théra, nous avons vu la population phénicisée se souvenir que sept ou huit générations séparaient la première colonisation phénicienne de la seconde colonisation grecque*. Il ne faudrait donc pas accepter comme rigoureusement exacte la date de 1049 avant J.-C, que nous donne Eusèbe. Cette date ne me semble qu'approximative. Mais, sous cette réserve, il faut, je crois, en tenir compte. J'en ai tenu grand compte déjà pour établir la date du périple odysséen. Notre poème du Retour est postérieur au xi*' siècle et antérieur au vni^. J'ai dit que je le croyais du ix*' siècle, au plus tôt, et que j'acceptais l'affirmation d'Hérodote : « Homère vivait quatre siècles avant moi, pas davantage*. »

Avec ces données toponymiques, cherchons sur la côte italienne le gîte exact et les différents sites de notre Kyklopie. Le poète nous fournit une série de descriptions minutieuses que nous avons à vérifier. L'onomastique môme des Yeux Ronds et de la Ville Haute implique certaines vues de côtes et de pays. 11 faut que nous reconstituions les trois scènes où se déroulent les épisodes successifs du récit odysséen : la ville d'Uypérie d'abord et le pays originel des Phéaciens; puis l'Ile Petite où débarque Ulysse en face de la Kyklopie ; enfin cette terre même des Kyklopes, avec son port et sa grotte où le héros faillit perdre le jour.

l. Cf. le premier volume do cet ouvrage, p. 586.

Du promontoire rocheux de Gaèle au cap rocheux de Misène, la côte de Tltalie sur la mer Tyrrhénienne « est basse, sablonneuse, avec une plage de sable limitant à la mer une région plate et marécageuse* ». Une ligne de lagunes ou de marais borde à Tintérieur cette plage, si bien qu'entre les vagues de la mer et les eaux croupissantes du marais, la rive n'est le plus souvent qu'un mince cordon sablonneux. Étirés du Sud au Nord, les soixante ou quatre-vingts kilomètres de cette grève bordent trois régions ou, si l'on veut, trois hinterlamh très divers. Au Nord, entre les rochers de Gaète et les pentes du Massique, se creuse la vallée resserrée du Garigliano (ancien Liris) qui n'est qu'un delta boueux, un ancien golfe comblé, où Minturnes trempe encore dans le marécage. Au centre, la vaste, longue et large plaine de Campanie, VAger Campanus, la Terre de Labour, s'épand jusqu'au pied de l'Apennin, sur les deux rives du Vullurne et du Clanius. Au Sud enlin, entre cette plaine de Campanie et le golfe de Naples, surgissent les Champs ou plutôt les Monts Phlégréens, qui sont un plateau, sinon très élevé, du moins très compact et abrupt. La suite des aventures odysséennes va nous conduire aux bouches du Vulturne et du Garigliano : nous laisserons aujourd'hui de côté les deux premières de ces régions naturelles. C'est la troisième seule, la région des Champs Phlégréens, qui doit nous retenir.

Ces Champs Phlégréens, comme leur nom grec l'indique, toc «pXeypaTa ueova, sont une région incandescente, travaillée et traversée par les feux souterrains : ©A£vw, brûler, flamber, cf. le latin flagro. Sur dix ou douze kilomètres d'Ouest en Est et sur cinq ou six kilomètres de Sud en Nord, ils couvrent un grand rectangle de leurs tufs volcaniques, les uns d'origine marine, les autres d'origine terrestre, qui, tous, se présentent sous la couleur d'un blanc éblouissant : les Collines de TeîTe Blanche y Leucogaei Colles^ disaient les Gréco-Latins. Dans cette niasse de tuf, les roches volcaniques, laves et trachytes, ont de ci de là injecté leurs filons et leurs blocs. En son ensemble, le plateau est assez haut : son point culminant, au couvent des Camaldules, dépasse 450 mètres. A l'extérieur, — nous pénétrerons ensuite dans l'intérieur et nous y trouverons les grands cratères ou effondrements circulaires qui, pour les premiers navigateurs, firent de cette région le Pays des Yeux Ronds, — le plateau tombe de tous côtés par un talus de cent à cent cinquante mètres. Les dépressions maritimes ou continentales, qui l'enclosent, en font une île véritable. Au Nord, la terre campanienne, à l'Ouest, la mer libre et sa plage inondée, au Sud, le golfe de Naples, l'entourent de leurs immenses plaines; à l'Est, c'est la vallée moins large, mais aussi profonde, du fleuve Sebethos (aujourd'hui Sebeto), qui le

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